Marge d’exposition

Introduction

La marge d’exposition (ME) est une approche utilisée par les évaluateurs des risques pour évaluer les problèmes de sécurité potentiels liés à la présence de substances chimiques dans l’alimentation humaine et animale. 

Les deux situations principales dans lesquelles l’approche fondée sur la ME est utilisée sont les suivantes :

  • pour évaluer des substances qui sont à la fois génotoxiques et cancérigènes, auquel cas n’importe quel niveau d’exposition pourrait théoriquement entraîner un cancer ou,
  • pour évaluer des substances qui ne relèvent pas de la catégorie susmentionnée mais pour lesquelles il existe une incertitude quant aux effets, en raison par exemple de l’insuffisance des données toxicologiques disponibles. Lorsqu’il n’est pas possible d’établir une valeur recommandée aux fins de la protection de la santé (HBGV) à partir des données disponibles, on peut calculer une ME.

Foire aux questions

La ME est une approche utilisée par les évaluateurs des risques pour évaluer les problèmes de sécurité potentiels liés à la présence de substances chimiques dans l’alimentation humaine et animale lorsqu’il n’est pas approprié ou possible d’établir une valeur toxicologique de référence . La ME est un rapport entre :

  • la dose dérivée d’une relation dose-réponse expérimentale ou observationnelle pour un effet toxicologique critique (appelée « point de référence » ou « point de départ »), et
  • l’exposition humaine estimée à cette substance.

Il est important de noter que la ME ne constitue pas une « valeur recommandée aux fins de la protection de la santé », c’est-à-dire un seuil de sécurité en dessous duquel les évaluateurs des risques concluent que la consommation est sans risque. Lorsqu’il existe des preuves d’effets nocifs, mais qu’elles ne sont pas suffisantes pour confirmer quelle quantité peut être consommée sans risque, la ME nous indique si les apports actuels sont susceptibles d’être nocifs ou non : une ME faible représente un risque plus élevé qu’une ME plus élevée. Sur cette base, les responsables de la gestion des risques peuvent déterminer s’il y a lieu de prendre des mesures.

Une fois que le rapport point de référence/exposition a été calculé, le résultat indique le niveau de préoccupation associé à l’exposition effective à la substance. La valeur minimale de la ME nécessaire pour conclure que l’exposition humaine réelle présente un faible risque toxicologique diffère selon les deux catégories de substances.

  • Substances à la fois génotoxiques et cancérigènes

Le comité scientifique de l’EFSA a publié un avis scientifique en 2005 recommandant l’utilisation de l’approche ME pour évaluer les substances qui sont à la fois génotoxiques et cancérigènes. Le comité scientifique a déclaré qu’une ME de 10 000 ou plus, si elle est basée sur une étude animale, serait peu préoccupante du point de vue sanitaire et pourrait raisonnablement être considérée comme une faible priorité pour les actions de gestion des risques. Le comité scientifique a déclaré que, bien qu’une telle appréciation relève en dernier ressort des responsables de la gestion des risques, une ME de 10 000 ou plus ne devrait pas empêcher l’application de mesures de gestion des risques visant à réduire l’exposition humaine.

  • Toutes les autres substances (qui ne sont « ni génotoxiques ni cancérigènes »)

Dans cette catégorie, l’incertitude quant aux effets des substances ne permet pas d’établir une HBGV – la valeur minimale de la ME pour ces substances est généralement supérieure ou égale à 100, c’est-à-dire qu’un rapport inférieur à 100 serait considéré comme préoccupant pour la santé publique.

Le chiffre de 100 est basé sur des principes établis de longue date dans l’évaluation des risques toxicologiques sur la manière de tenir compte des incertitudes et des différences entre les espèces et au sein d’une même espèce. Un facteur d’incertitude (parfois appelé « facteur de sécurité ») de 10 tient compte des différences entre les humains et les animaux utilisés dans les études expérimentales, puis un facteur supplémentaire de 10 est ajouté pour tenir compte de la variabilité entre les humains. Au total, cela donne un facteur minimal de multiplication par 100 pour les substances qui ne sont ni génotoxiques ni cancérigènes.

Le facteur de multiplication par 100 utilisé pour les substances qui ne sont pas des cancérigènes génotoxiques est multiplié par un facteur supplémentaire de 10 afin de tenir compte des différences dans la capacité des cellules humaines à réparer l’ADN car cette capacité influence le processus cancérigène. Ensuite, afin de tenir compte de toute autre incertitude éventuelle dans l’évaluation des substances cancérigènes génotoxiques, un facteur supplémentaire de 10 est ajouté, ce qui donne une ME de 10 000, soit 100 x 100.

Si des incertitudes découlent de lacunes dans les données toxicologiques disponibles, celles-ci doivent être intégrées dans la ME afin de tirer des conclusions sur les préoccupations sanitaires potentielles. Par conséquent, le facteur 100 doit être multiplié par un facteur supplémentaire jugé adéquat pour tenir compte de ces incertitudes supplémentaires (souvent compris entre 2 et 5, ce qui donne une ME minimale de 200 à 500).

Une autre bonne pratique consiste à fixer une ME minimum différente si les incertitudes concernant une ou plusieurs des conditions décrites dans les réponses aux questions 2 et 3 peuvent être réduites. Cela peut être le cas s’il existe des données permettant de tenir compte des différences entre les humains et les animaux de laboratoire, ou des différences entre humains. Par exemple, les experts chargés d’évaluer la sécurité des sulfites utilisés comme additifs alimentaires ont pu fixer une ME de 80 car ils disposaient de données sur les différences de réaction des êtres humains aux sulfites après ingestion.

Les substances qui sont à la fois génotoxiques et cancérigènes ne doivent pas être ajoutées intentionnellement aux denrées alimentaires. Toutefois, leur présence dans l’alimentation humaine et animale, bien que non souhaitable, reste possible pour différentes raisons :

  • leur présence naturelle, par exemple l’allylbenzène (méthyleugénol/estragol) dans le basilic ou les alcaloïdes pyrrolizidiniques (rétrosine/intermédine) dans le miel
  • leur origine microbienne, par exemple les mycotoxines, telles que l’ochratoxine A ou les aflatoxines, produites par des moisissures susceptibles de contaminer diverses cultures
  • leur origine environnementale, par exemple le benzo(a)pyrène résultant de la combustion incomplète de matières organiques
  • les conséquences involontaires de la cuisson ou d’autres processus de fabrication, par exemple l’acrylamide qui se forme naturellement dans les produits alimentaires riches en amidon lors d’une cuisson à haute température.

Elles peuvent également être présentes dans l’alimentation humaine et animale à des niveaux très faibles résultant d’impuretés présentes dans les substances utilisées lors des processus de fabrication. Le comité scientifique de l’EFSA a indiqué dans une déclaration de 2012 que la ME pourrait être utile dans de tels cas pour aider les gestionnaires des risques à définir les mesures éventuelles à prendre pour maintenir l’exposition à ces impuretés aussi faible que possible.

Non. Il s’agit de deux concepts différents qui sont parfois utilisés à tort de manière interchangeable. 

La marge de sécurité est le rapport entre un seuil de sécurité (c’est-à-dire une valeur toxicologique de référence, telle que la dose journalière admissible ) et l’exposition réelle ou estimée.

En raison d’incohérences dans l’utilisation de ces deux termes, le comité scientifique de l’EFSA a précisé, dans une déclaration de 2025, qu’à partir de cette date, seul le terme « marge d’exposition » devait être utilisé dans les évaluations scientifiques de l’EFSA, tant pour la santé humaine que pour la santé animale. Le terme marge de sécurité ne doit plus être utilisé.

Avant 2005, les gestionnaires des risques recommandaient généralement, pour les substances génotoxiques et cancérigènes inévitables dans les aliments, de réduire l’exposition à ces substances à un niveau « aussi bas que raisonnablement possible » [principe as low as reasonably achievable (ALARA)], quelle que soit la nature du cancérigène. Ce principe ALARA ne permet pas d’établir des priorités pour les mesures de gestion en fonction de la puissance des substances cancérigènes considérées.

L’approche élaborée par l’EFSA pour l’utilisation de la ME pour les substances à la fois génotoxiques et cancérigènes visait à informer les gestionnaires des risques sur le niveau de préoccupation toxicologique lié à une exposition humaine donnée à ces substances et à permettre de fixer des priorités dans l’adoption des mesures de gestion. Le comité scientifique de l’EFSA est composé de scientifiques hautement expérimentés de toute l’Europe, qui ont publié de nombreux articles dans la littérature scientifique et sont bien placés pour étudier de nouvelles méthodologies d’évaluation des risques. Le comité scientifique a recommandé l’utilisation de l’approche de la ME pour ces substances en 2005, puis à nouveau pour les impuretés génotoxiques/cancérogènes présentes dans les aliments en 2012.

En 2024, le comité scientifique de l’EFSA a initié la révision de ses orientations de 2005 sur l’approche ME, dont l’achèvement est prévu pour la fin de 2027.

En novembre 2005, une conférence conjointe de l’EFSA et de l’OMS a abouti à des conclusions globales similaires, à savoir que l’approche de la ME était une option utile et pragmatique pour l’évaluation des risques liés aux substances à la fois génotoxiques et cancérigènes et qu’elle était susceptible d’améliorer les conseils scientifiques fournis aux gestionnaires des risques.

En conséquence, les comités d’experts de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), ainsi que d’autres organismes des Nations unies (par exemple, le Programme des Nations unies pour l’environnement) ont également utilisé l’approche de la marge d’exposition. Le Comité mixte FAO/OMS d’experts en additifs alimentaires (JECFA) utilise systématiquement l’approche de la ME pour évaluer les risques associés aux contaminants génotoxiques et cancérigènes dans les aliments.