Nouvelles approches méthodologiques – NAM
Au cours de ces dernières décennies, les méthodes utilisées par les scientifiques pour évaluer les dangers et les risques associés aux substances chimiques ont évolué de manière constante, grâce aux progrès technologiques et aux avancées dans les connaissances scientifiques.
Les « nouvelles approches méthodologiques » (NAM) désignent toutes les approches, les méthodologies, les technologies (ou combinaison de plusieurs d'entre elles) qui ne font pas appel à des essais sur les animaux et qui sont utilisées pour l’évaluation des dangers et des risques associés aux substances chimiques.
Elles englobent les modèles de simulation in silicoMéthodes théoriques de recherche, en particulier les méthodes utilisant des modèles informatiques, employées pour prédire les effets probables, toxicologiques ou autres, des substances étudiées, les essais en laboratoire in vitroMéthode de recherche consistant à effectuer des essais sur des cellules ou des tissus prélevés sur des organismes vivants et in chemico, ainsi que les approches intégrées qui combinent différentes sources de connaissances scientifiques. Elles incluent également de nouveaux outils tels que le criblage à haut débit et les méthodologies à haut contenu (par exemple les sciences « omiquesTechnologies de grande puissance utilisées pour l’analyse holistique des molécules qui constituent les cellules des organismes vivants ; par exemple, la génomique est l'étude du génome entier, tandis que la protéomique est l'analyse de la totalité des protéines contenues dans un échantillon biologique » – voir ci-dessous).
Ces approches permettent d’obtenir des informations plus ciblées et pertinentes sur le plan biologique, aidant ainsi les scientifiques à mieux comprendre les mécanismes par lesquels les effets nocifs se produisent, à savoir comment les substances agissent et interagissent avec les humains et les animaux.
De plus en plus d’éléments démontrent que l’utilisation des NAM permet d’améliorer la rigueur scientifique et la pertinence des évaluations des risques, tout en contribuant à l'engagement de l'Union européenne en faveur du remplacement, de la réduction et du perfectionnement des essais sur les animaux (le principe des « 3R » - Replacement, Reduction, and Refinement).
Activités récentes
Le 1er juin 2026, la Commission européenne a adopté une feuille de route visant à mettre fin progressivement aux essais sur les animaux dans le cadre des évaluations de la sécurité chimique.
Cette approche globale couvre un large éventail de domaines législatifs, tels que les produits chimiques industriels, les produits pharmaceutiques ou encore les additifs alimentaires, et formule plus de 30 recommandations clés pour faciliter la transition vers des méthodes d’essai alternatives.
L’EFSA collabore étroitement avec la Commission européenne, l’Agence européenne des produits chimiques, l’Agence européenne des médicaments et une large coalition d’organisations de parties prenantes afin de mettre en œuvre cette feuille de route visant à un avenir sans expérimentation animale.
Les NAM à l'EFSA
À l’EFSA, nous utilisons conjointement les NAM et d’autres sources de données afin d’étayer nos conclusions scientifiques, dans le cadre d’une approche structurée fondée sur la pondération des preuves. Nous utilisons notamment :
- des approches sans expérimentation animale, telles que l’extrapolation par analogie (read-across), le seuil de préoccupation toxicologique, l’utilisation d’informations toxicologiques existantes et l’intelligence artificielle.
- des modèles informatiques (in silico), tels que les modèles de relation quantitative structure-activité (modèles QSARLes relations quantitatives/qualitatives structure-activité (QSAR) sont un ensemble de méthodes grâce auxquelles les effets de différents composés sont associés à leur structure moléculaire. Elles permettent de prédire les effets nocifs ou bénéfiques probables d'un composé chimique donné, en le comparant avec d'autres composés qui présentent des structures similaires), les modèles cinétiques fondés sur la physiologie (PBK) destinés à caractériser l’absorption, la distribution, le métabolismeSomme totale des processus physiques et chimiques qui se déploient au sein des organismes vivants. ; et l’excrétion (ADME) des substances chimiques, les modèles d’extrapolation quantitative de l’in vitro à l’in vivo (QIVIVE) visant à établir un lien entre les effets observés en laboratoire et ceux susceptibles de se produire chez l’homme ou l’animal, ainsi que la modélisation de la dose de référenceLa plus faible dose d'une substance qui entraîne un risque sanitaire clair mais de faible intensité, correspondant généralement à une modification de l'ordre de 1 à 10 % d'un effet toxique spécifique, tel que l'induction d'un cancer (BMD) permettant d’évaluer les relations doseQuantité totale d'une substance (p. ex. d'un composé chimique ou d'un nutriment) consommée ou absorbée par un organisme individuel, une population ou un écosystème-réponse.
- les tests in vitro et in chemico sont utilisés pour évaluer des paramètres spécifiques, notamment le métabolisme, la neurotoxicitéTout effet indésirable pour le système nerveux (p. ex. la paralysie ou la perte d'une fonction) résultant d'une exposition à des substances potentiellement toxiques développementale, la perturbation endocrinienne, la génotoxicitéCapacité d'une substance à endommager l'ADN d'un organisme vivant. , les tests protéiques et d’allergénicité, le séquençage du génome entierVisualisation de l'ensemble du matériel génétique d'un organisme donné et les sciences dites « omiques ».
- les données NAM peuvent également être combinées à l’aide, par exemple, d’approches intégrées d’essais et d’évaluation (IATA) et/ou de l'étude des mécanismes susceptibles de conduire à des effets indésirables (adverse outcome pathway - AOP) afin de décrire le mode d’action des substances chimiques et de transposer les résultats de laboratoire en résultats biologiques concrets.
Les domaines d’intérêt en pleine expansion incluent le criblage à haut débit et les méthodes à haut contenu, telles que la transcriptomiqueL’une des familles des méthodes dites « omiques » : méthode destinée à étudier l'expression des gènes, au cours de laquelle des milliers de molécules d'ARN dans un échantillon donné (de tissu ou de cellules) sont analysées simultanément, la protéomiqueL’une des familles de méthodes dites « omiques » : une approche de l'étude des protéines dans laquelle la totalité des protéines contenues dans un échantillon donné (tissu, cellules ou liquide biologique tel que le sang) sont analysées simultanément ou encore la métabolomiqueÉtude de l'état métabolique d'un organisme grâce à l’analyse systématique des métabolites présents dans les cellules ou les liquides biologiques (p. ex. le sang, l'urine), regroupées sous le terme générique de sciences et technologies « omiques ». Ces approches s’appuient également sur des travaux en laboratoire et génèrent des mégadonnées qui permettent de mieux comprendre les réponses biologiques au niveau moléculaire.
Les NAM en pratique
Les NAM en pratique
Les NAM sont utilisées dans l’ensemble des activités d’évaluation des risques et de conseil scientifique de l’EFSA, notamment pour l’évaluation des contaminants présents dans l'alimentation humaine et animale, les pesticides, les additifs alimentaires et les additifs utilisés en alimentation animale, les arômes, les nouveaux aliments ou encore les matériaux en contact avec les alimentsTous matériaux, typiquement des emballages ou des ustensiles de cuisine, conçus pour entrer en contact avec les aliments.
- Documents d’orientation destinés aux pétitionnaires – ces documents fournissent des orientations sectorielles (par exemple dans le domaine des additifs alimentaires, des enzymes alimentaires, des nouveaux aliments, des pesticides ou des additifs utilisés en alimentation animale) présentant la manière dont les méthodes alternatives aux essais sur animaux (NAM) peuvent être utilisées pour compléter ou, le cas échéant, réduire le recours aux expérimentations animales.
- Recommandations transversales – ces cadres abordent l’utilisation de méthodes alternatives ne faisant pas appel à des animaux dans de nombreux domaines scientifiques.
- Outils et ressources – nos scientifiques et partenaires ont développé des outils permettant d’intégrer les NAM dans les évaluations du risque. Ces outils incluent TKPlate, une plateforme en libre accès dédiée à la modélisation toxicocinétiqueÉtude des processus par lesquels des substances potentiellement toxiques sont traitées dans le corps. Cette analyse implique une bonne compréhension des mécanismes d’absorption, de distribution, de métabolisation et d'excrétion des substances et toxicodynamiqueÉtudes des processus par lesquels les substances chimiques interagissent avec le corps, et les réactions subséquentes conduisant à des effets indésirables des substances chimiques, la base de données sur les risques chimiques OpenFoodTox, ainsi qu’un répertoire des produits botaniques d'origine végétale.
- Projets de développement – un soutien sera apporté au développement, dans le domaine des nouvelles approches méthodologiques (NAM), d'outils, de bases de données, de méthodes d'intégration et de modélisation des données, ainsi qu'à l'étude, à l'évaluation et à l'optimisation d'approches et de méthodologies émergentes, telles que les batteries d'essais in vitro et les technologies « omiques ». Plusieurs de ces projets s’inscrivent dans le cadre de notre programme consacré aux méthodologies innovantes d'évaluation des risques.
- Qualification – un système de qualification destiné à l'évaluation des risques associés aux nanomatériauxMatériaux naturels ou manufacturés contenant des unités élémentaires minuscules, mesurant habituellement entre 1 et 100 nanomètres. Un nanomètre est un milliardième de mètre (un cheveu humain mesure 80 000 à 100 000 nanomètres de diamètre) dans les secteurs de l'alimentation humaine et animale a été mis au point. Il a pour objectif de démontrer la fiabilité et la pertinence d’une méthodologie donnée, et peut être mis en œuvre à différents niveaux selon le contexte d’utilisation spécifique. Il peut également contribuer à l'amélioration continue de NAM prometteuses encore en cours de développement.
Rôle de l'EFSA
Promouvoir le développement et l’utilisation des NAM s’inscrit dans l’objectif stratégique de l’EFSA visant à anticiper les besoins futurs en matière d’évaluation des risques.
L'EFSA contribue à l'intégration des NAM dans l'évaluation réglementaire des risques en élaborant des cadres scientifiques, des lignes directrices et différents outils. L'EFSA a publié des documents d'orientation stratégiques et des feuilles de route décrivant comment les NAM peuvent être mises en œuvre dans la pratique.
- Mise en œuvre des NAM dans l’évaluation des risques : document de réflexion (2020), feuille de route (2022)
- Application des approches omiques et bioinformatiques à l’évaluation des risques de nouvelle génération : document de réflexion (2022) et feuille de route (2024)
Tout au long de ces avancées, l’EFSA a travaillé en étroite collaboration avec la communauté scientifique mondiale afin d’explorer et de normaliser les NAM prometteuses, tout en explorant les possibilités de leur utilisation à des fins réglementaires.
Expertise et coopération
Plusieurs groupes de travail composés d’experts apportent leur soutien au comité scientifique de l’EFSA et à ses groupes scientifiques, respectivement dans le cadre d’activités transversales et spécifiques liées aux NAM. Ils couvrent par exemple les perturbateurs endocriniens, la génotoxicité, la neurotoxicité, les NAM (par ex. pour les nanotechnologies) et l’extrapolation par analogie.
En 2026, l’EFSA a mis en place un groupe consultatif interne chargé d’intégrer les méthodes NAM dans l’évaluation des risques, dans le but d’accélérer la transition vers des approches de nouvelle génération qui n’utilisent pas d’animaux. Le groupe consultatif favorise la coordination entre les différents secteurs scientifiques, fournit des conseils au personnel de l’EFSA et aux experts scientifiques sur l’intégration réglementaire des NAM et encourage l’harmonisation des approches au sein de l’EFSA et auprès de ses partenaires externes. En renforçant les liens avec les initiatives existantes et en s’alignant sur la feuille de route de la Commission européenne visant à mettre fin aux essais sur les animaux, le groupe consultatif s’efforce de garantir que les nouvelles méthodes et connaissances soient efficacement intégrées dans des pratiques d’évaluation des risques rigoureuses et fondées sur des preuves scientifiques.
L’EFSA collabore avec d’autres agences de l’Union européenne, avec les États membres ainsi qu’avec des organisations internationales et les autorités compétentes de pays tiers. À cette fin, elle échange des données, des connaissances spécialisées et des méthodologies, et élabore des études de cas conjointes.
Parmi ses principaux partenaires figurent notamment l’Organisation mondiale de la santé, l’Organisation de coopération et de développement économiques, la Food and Drug Administration des États-Unis et l’Agence américaine de protection de l’environnement. Cette coopération s’inscrit notamment dans le cadre du Partenariat européen pour les approches alternatives à l’expérimentation animale et du Groupe international de liaison sur les méthodes d’évaluation des risques liés aux substances chimiques dans les aliments.
L’objectif de ces relations et de cette coopération est d’harmoniser les approches et de garantir que les méthodes alternatives aux essais sur les animaux (NAM) soient appliquées de manière scientifiquement rigoureuse et cohérente.
L’EFSA collabore également à des projets de recherche européens majeurs, tels que le Partenariat pour l’évaluation des risques liés aux substances chimiques (PARC). Par ailleurs, ses scientifiques contribuent aux travaux du consortium international « Accelerating the Pace of Chemical Risk Assessment » (APCRA), créé pour promouvoir un consensus mondial sur les critères et les normes applicables aux données issues des nouvelles approches méthodologiques (NAM), ainsi que sur les modalités de leur intégration dans l’évaluation des risques liés à l’alimentation humaine et animale.
Jalons clés
2026
L’utilisation des méthodologies NAM est intégrée dans des lignes directrices mises à jour applicables aux demandes d’autorisation portant sur des additifs alimentaires.
2025
Le comité scientifique de l'EFSA adopte des lignes directrices sur l'utilisation du read-across (extrapolation par analogie) dans l'évaluation de la sécurité chimique de l’alimentation humaine et animale.
Le groupe d'experts PPR (produits phytopharmaceutiques et leurs résidus) adopte un avis scientifique sur l'utilisation de la modélisation cinétique fondée sur des principes physiologiques (PBK) pour l'évaluation de la neurotoxicité développementale des pesticides.
2024
L’utilisation des méthodologies NAM est intégrée dans des lignes directrices mises à jour concernant les exigences scientifiques applicables aux demandes d'autorisation portant sur de nouveaux aliments.
Un rapport commandité par l’EFSA explore l’utilisation de l’intelligence artificielle pour extraire et intégrer les données obtenues grâce aux méthodologies NAM dans le cadre de l’évaluation des risques chimiques.
L’EFSA publie un cadre conceptuel pour l’élaboration de lignes directrices sur l’utilisation des biomarqueurs d’effets dans l’évaluation des risques liés aux substances chimiques.
Une série de rapports examine l’utilisation des NAM dans les domaines suivants : les nanomatériaux , les nanoparticules, les différences métaboliques interespèces dans les huiles utilisées dans les additifs destinés à l’alimentation animale, l’immunotoxicité des PFAS, les alternatives au bisphénol A, les nouvelles protéines, le mécanisme des effets indésirables liés à la neurotoxicité du développement ainsi que des études de cas portant sur la modélisation cinétique générique et cinétique-dynamique.
2023
L’EFSA lance TKPlate, une plateforme en libre accès dédiée à la modélisation toxicocinétique et toxicodynamique des substances chimiques, destinée à être utilisée pour l’évaluation des risques chimiques.
2017
Deux rapports explorent l’utilisation d’outils de modélisation in silico basés sur les données enregistrées dans la base de données « OpenFoodTox » de l’EFSA.
L’EFSA lance OpenFoodTox, un outil accessible d’un simple clic permettant d’obtenir des informations sur les risques chimiques.
2014
L’EFSA publie une analyse des méthodologies et outils modernes d’évaluation des risques chimiques et recommande de poursuivre le développement des NAM à l’avenir.
Cadre réglementaire de l’UE
L’utilisation des NAM au sein de l’EFSA s’inscrit dans le cadre politique et réglementaire plus large de l’UE visant à promouvoir les principes des « 3R » en matière d’expérimentation animale, l’innovation scientifique et le recours à des données et des approches de modélisation avancées.
Ce cadre a progressivement évolué afin de favoriser le développement, la validation et l’acceptation réglementaire des méthodes non animales dans tous les secteurs, y compris ceux des produits chimiques et de la sécurité sanitaire des aliments.
Au niveau européen, les éléments clés qui façonnent ce cadre sont les suivants :
- la feuille de route de l’UE sur l’élimination progressive de l’expérimentation animale définit une orientation stratégique en vue de la transition vers des méthodes ne recourant pas à l’expérimentation animale dans les évaluations réglementaires de sécurité.
- les animaux dans la recherche scientifique au sein de l’UE : aperçu des mesures prises par l’UE pour protéger les animaux utilisés à des fins scientifiques et promouvoir des alternatives.
- la directive 2010/63/UE relative à la protection des animaux utilisés à des fins scientifiques établit le cadre juridique pour l'application des principes des 3R et encourage le développement et l'utilisation de méthodes alternatives aux essais sur les animaux.
- la stratégie en matière de produits chimiques pour le développement durable encourage l’innovation en faveur de produits chimiques sûrs et durables, y compris le développement et l’utilisation de méthodes sans recours aux animaux (NAM) pour l’évaluation des dangers et des risques.
- l’approche « une substance, une évaluation » (OSOA) vise à simplifier et harmoniser l’évaluation des risques chimiques dans la législation européenne, et à faciliter l’intégration des méthodes alternatives NAM.
- l’approche de l’Union européenne en matière d’intelligence artificielle encourage l’utilisation responsable de l’IA pour l’intégration des données, la modélisation et la prise de décision dans le domaine de la science réglementaire.
- l’initiative européenne « Virtual Human Twins » fait progresser l’utilisation de modèles computationnels et mécanistiques afin de mieux prédire les réactions humaines et de réduire le recours aux données issues de l’expérimentation animale.
- l’ensemble de mesures de simplification dans le domaine de l’alimentation humaine et animale (« paquet Omnibus ») vise à moderniser et à simplifier les exigences réglementaires, notamment grâce à un recours accru à des approches d’évaluation innovantes.
- la loi européenne sur les biotechnologies soutient l’innovation dans ce domaine et facilite l’adoption de méthodes avancées pertinentes pour l’évaluation des risques.
Ensemble, ces initiatives juridiques et politiques définissent le cadre stratégique et réglementaire dans lequel l’EFSA élabore des lignes directrices, des outils et des pratiques scientifiques pour appuyer l’utilisation des NAM dans l’évaluation des risques associés à l'alimentation humaine et animale.