Bisphénol A

Le bisphénol A (BPA) est une substance chimique principalement utilisée en association à d’autres substances chimiques pour la fabrication de plastiques et de résines. Le BPA est par exemple utilisé dans le polycarbonate, un plastique rigide et transparent de haute performance. Le polycarbonate est utilisé pour fabriquer des récipients alimentaires tels que des bouteilles recyclables, des biberons, de la vaisselle (assiettes et tasses) ainsi que des conteneurs destinés au stockage. Des résidus de BPA peuvent également se retrouver dans des résines époxy utilisées pour fabriquer des revêtements ou les films de protection qui recouvrent les canettes et les cuves destinées à recevoir des aliments et des boissons. Le BPA peut migrer en petites quantités dans les aliments et les boissons stockés dans des matériaux qui contiennent cette substance. 

Travaux achevés

2016 – L'EFSA met en place un groupe de travail composé d'experts internationaux pour évaluer de nouveaux éléments scientifiques sur les effets potentiels du bisphénol A (BPA) sur le système immunitaire. L’EFSA mène a entrepris cet examen suite à la publication d'un rapport de l'Institut national néerlandais pour la santé publique et l'environnement, qui soulève des questions au sujet des effets du BPA sur le système immunitaire des fœtus et des jeunes enfants.

L'EFSA a publié sa dernière réévaluation complète de la toxicité et de l’exposition au BPA en janvier 2015.

L’EFSA a réalisé sa première évaluation complète des risques associés au BPA en 2006. Depuis, l’Autorité et ses groupes scientifiques se sont penchés sur des centaines de publications scientifiques publiées dans des revues scientifiques examinées par des pairs ainsi que sur des rapports d’études soumises par le secteur de l’industrie. L’EFSA a étudié de nouvelles informations scientifiques sur le BPA en 2008, 2009, 2010 et 2011. Sa réévaluation complète a été publiée en janvier 2015.

Étapes antérieures

2015 – L’évaluation la plus récente par l’EFSA de l’exposition au BPA et de sa toxicité conclut que le BPA ne présente pas de risques pour les consommateurs de tous les groupes d’âge (y compris les enfants à naître, les nourrissons et les adolescents) aux niveaux actuels d’exposition.

2014 – L’EFSA présente la seconde partie de son projet d’avis qui porte sur les risques pour la santé humaine liés à l’exposition au BPA. Ce document est également soumis à une consultation publique de huit semaines.

2013 – l’EFSA organise une consultation publique portant sur la première partie de son projet d’avis scientifique, spécifiquement sur son évaluation de l’exposition des consommateurs au BPA. L’EFSA conclut provisoirement que, pour tous les groupes de population, l’alimentation est la source principale d’exposition au BPA et que l’exposition est plus faible que précédemment estimée par l’EFSA.

2012 – À la suite d’un examen approfondi de nouvelles études scientifiques publiées, le groupe CEF décide d’entreprendre une réévaluation complète des risques associés à l’exposition au BPA par l’intermédiaire du régime alimentaire, en tenant compte également de la contribution de sources non alimentaires à l’exposition globale au BPA. Ce nouvel avis a pour objectif de faire le bilan de toutes les données et études scientifiques disponibles sur l’exposition alimentaire publiées depuis la publication de l’avis de 2006 de l’EFSA. Le groupe CEF doit en outre évaluer les incertitudes relatives à la pertinence possible pour la santé humaine de certains effets liés au BPA observés chez des rongeurs à de faibles doses. 

2012 – L’EFSA se penche sur les effets des faibles doses en toxicologie et en évaluation des risques lors d’un colloque scientifique consacré à ce sujet, qui réunit des experts internationaux en la matière, organisé à Parme les 14 et 15 juin 2012.

2011 – le groupe scientifique CEF publie une déclaration relative aux rapports sur le BPA publiés par l’Agence française de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) en septembre 2011. Dans sa déclaration, le groupe CEF a globalement considéré que les informations contenues dans le rapport de l'Anses et relatives aux effets du BPA sur la santé ne justifiaient pas une modification de l’opinion exprimée par le groupe scientifique dans ses avis précédents sur la sécurité du BPA. À la suite d’un échange d’information avec l’Anses, le groupe a expliqué que le travail de l’Anses s’était limité à une identification du danger tandis que l’EFSA avait pour sa part réalisé une évaluation complète des risques associés au BPA en 2006.

Cependant, le groupe CEF confirme qu’il réexaminera son avis après avoir évalué de nouvelles études et lorsque de nouvelles données provenant d'études en cours aux États-Unis sur le BPA à faibles doses seraient rendues disponibles.

2010 – l’EFSA met à jour ses conseils sur le BPA en septembre 2010. À la suite d’un examen détaillé et exhaustif de la littérature scientifique la plus récente et d’études sur la toxicité du BPA à faibles doses, les scientifiques du groupe CEF de l’EFSA concluent qu’ils ne peuvent identifier aucune nouvelle preuve qui les amènerait à reconsidérer la DJT pour le BPA, fixée par l’EFSA à 0,05 mg/kg de poids corporel dans son avis scientifique de 2006. Le groupe déclare également que les données dont ils disposent n’apportent pas d’éléments probants étayant une éventuelle toxicité neurocomportementale du BPA. Un membre du groupe scientifique exprime un avis minoritaire et estime que certaines études récentes indiquent des incertitudes quant aux effets indésirables sur la santé à un niveau inférieur à celui utilisé pour établir la DJT actuelle. 

2010 – l’EFSA reçoit une nouvelle demande de la Commission européenne qui l’invite à prendre en considération toute nouvelle preuve scientifique disponible qui pourrait affecter les conclusions des avis adoptés précédemment sur le BPA et à travailler en étroite collaboration avec les organes d’évaluation des risques des États membres de l’UE sur cette question. À la suite de cette demande, l’EFSA organise une réunion rassemblant des experts nationaux des États membres spécialisés sur le sujet du BPA, ainsi que des représentants de la Commission européenne, au cours de laquelle des membres du groupe CEF de l’EFSA rédigent un nouveau projet d’avis scientifique sur le BPA. 

2009 – La Commission européenne demande à l’EFSA d’évaluer la pertinence d’une nouvelle étude publiée par Stump concernant les effets neurodéveloppementaux possibles du BPA et, le cas échéant, de mettre à jour la DJT existante en conséquence. L’étude en question avait été commanditée par l’American Chemistry Council afin de répondre à des préoccupations sur la sécurité du BPA soulevées par le gouvernement canadien qui avait introduit une législation interdisant l’utilisation du polycarbonate dans les biberons pour nourrissons.

2008 – L’EFSA se penche sur la capacité différente des nourrissons et des adultes d’éliminer le BPA de l’organisme. Dans cet avis, elle confirme que l’exposition au BPA est bien inférieure à la DJT de 0,05 mg/pc, tant pour les adultes que pour les nourrissons. En effet, après une exposition au BPA, l’organisme humain métabolise et élimine rapidement la substance. Ceci est également valable pour les nouveau-nés qui ont la capacité d’éliminer le BPA à des taux dépassant largement la DJT. Dans son évaluation, l’EFSA a pris en compte aussi bien les informations et les données déjà disponibles par le passé que les informations et les données les plus récentes à ce sujet, toutes sources confondues (informations émanant du secteur de l’industrie et littérature scientifique ayant fait l’objet d’un examen par les pairs).

2008 – La Commission européenne demande à l’EFSA d’évaluer les conclusions d’une étude réalisée par Lang et al. (Journal of the American Medical Association, 16 septembre 2008) qui suggère l’existence d’un lien entre les taux de BPA dans les urines et l'augmentation de l’incidence de maladies cardiaques et de diabètes. Dans une déclaration adoptée en octobre 2008, l’EFSA fait observer que cette étude ne contient aucune information sur l’exposition à long terme au BPA, alors que des informations de ce type seraient nécessaires pour pouvoir établir une corrélation entre le BPA et le développement des maladies chroniques en question. C’est la raison pour laquelle l’EFSA a estimé que l’étude n’apportait pas de preuves suffisantes de l’existence d’un lien causal entre le BPA et ces états de santé.

2006 – L’EFSA achève sa première évaluation complète des risques associés au BPA en 2006 et fixe une dose journalière tolérable (DJT) de 0,05 milligrammes par kilogramme de poids corporel (mg/kg pc/jour) pour cette substance. A la même période, l’EFSA évalue également les apports en BPA via l’alimentation et les boissons, pour les adultes, les nourrissons et les enfants et conclut qu’ils sont tous inférieurs à la DJT.

L’EFSA adopte des avis scientifiques et dispense des conseils scientifiques à l’attention des gestionnaires des risques concernant la sécurité du BPA lorsqu’il est utilisé dans des matériaux entrant en contact avec des aliments. Ce travail est réalisé par le groupe scientifique de l’EFSA sur les matériaux en contact avec les aliments, les enzymes, les arômes et les auxiliaires technologiques (groupe CEF).

Dans le cadre de ses évaluations de la sécurité des matériaux en contact avec les aliments, l’EFSA établit, chaque fois que possible (c’est-à-dire lorsque les informations disponibles sont suffisantes), une dose journalière tolérable (DJT) pour chaque substance évaluée. La DJT est la quantité d’une substance qui peut être ingérée quotidiennement pendant toute la durée d’une vie sans risque appréciable pour la santé. Les DJT sont habituellement exprimées en milligramme (mg) ou microgramme (µg) par kilo de poids corporel par jour (mg/kg pc/jour).

L’EFSA est en liaison étroite avec les différentes organisations qui entreprennent des évaluations du BPA au niveau national ou européen, ainsi qu’avec d’autres experts scientifiques en ce qui concerne les études actuellement en cours. 

L’emploi du BPA est autorisé dans des matériaux en contact avec les aliments au sein de l’Union européenne (UE) conformément au règlement UE 10/2011/EU relatif aux matériaux et articles en matière plastique destinés à entrer en contact avec des denrées alimentaires. En janvier 2011, la Commission européenne a adopté la directive 2011/8/EU, interdisant l’utilisation du BPA pour la fabrication de biberons pour nourrissons en polycarbonate.

Le BPA est autorisé pour une utilisation alimentaire dans d’autres pays tels que les États-Unis et le Japon.

Completed work
E.g., 08/28/2016
E.g., 08/28/2016

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1. Qu’est-ce que le bisphénol A (BPA) et comment est-il utilisé?

Le BPA est un composé chimique utilisé dans la fabrication de plastiques polycarbonates (PC), de résines époxy et d’autres matériaux polymériques, ainsi que pour certains produits à base de papier. Le PC est utilisé dans des matériaux utilisés pour fabriquer des récipients destinés à recevoir des aliments et des boissons, tels que de la vaisselle (assiettes et tasses), des récipients adaptés pour la cuisson au four à micro-ondes et four traditionnel, des réservoirs pour distributeurs d’eau mais aussi des applications non alimentaires, comme des jouets et les tétines à collerette en PC. Les résines époxyphénoliques à base de BPA sont utilisées dans les films de protection pour les boîtes de conserve et les canettes et dans les revêtements pour les réservoirs résidentiels de stockage de l’eau.

Le BPA est également utilisé dans de nombreuses applications non alimentaires, notamment les peintures à base de résines époxy, des dispositifs médicaux, des mastics dentaires, des revêtements de surface, des encres d’imprimerie et des retardateurs de flamme. Le BPA est aussi couramment utilisé dans le papier thermique généralement employé pour les tickets de caisse. Après un contact abrasif avec des revêtements de sol, des adhésifs, des peintures, des équipements électroniques ou encore des cartes à circuits imprimés à base d’époxy, le BPA peut également migrer dans les poussières domestiques.

2. Comment le BPA peut-il migrer dans notre alimentation ?

De petites quantités de BPA peuvent migrer depuis des matériaux qui entrent en contact avec notre alimentation dans les aliments et les boissons.

3. Le BPA dans notre alimentation et en provenance d’autres sources constitue-t-il un problème pour notre santé ??

LLa dernière réévaluation complète par l'EFSA de l'exposition au BPA et de sa toxicité a été publiée en janvier 2015. Les experts scientifiques de l’EFSA ont conclu qu’aux niveaux actuels d’exposition, le BPA ne présentait pas de risque pour la santé des consommateurs de tous les groupes d'âge (y compris les enfants à naître, les nourrissons et les adolescents). L'exposition par voie alimentaire ou par l’intermédiaire d'une combinaison d’autres sources (alimentation, poussière, cosmétiques et papier thermique) est considérablement inférieure au niveau sans danger (la « dose journalière tolérable » ou DJT) qui a été fixé pour le BPA dans l’alimentation : quatre microgrammes par kilogramme de poids corporel par jour (µg/kg de pc/jour). Les estimations les plus élevées de l'exposition alimentaire et de l'exposition provenant d'une combinaison de sources diverses (appelée « exposition agrégée») sont de trois à cinq fois inférieures à cette DJT.

La DJT est une estimation de la quantité d’une substance (exprimée en termes de poids corporel) qui peut être ingérée pendant toute la durée d’une vie sans risque appréciable pour la santé.

4. L’EFSA a-t-elle déjà évalué la sécurité du BPA par la passé?

L’EFSA a évalué la sécurité du BPA pour les consommateurs pour la première fois en 2006. L’Autorité a ensuite fourni des avis additionnels sur le BPA en 2008, en 2009 et plus spécifiquement, en septembre 2010 lorsqu’elle a mis à jour son avis scientifique sur le BPA à la suite d’un examen détaillé et approfondi de nouvelles études publiées sur la toxicité du BPA à faibles doses. En novembre 2011, l’EFSA a publié une déclaration sur le BPA suite à la parution d’un rapport relatif aux effets sanitaires du BPA publiée par l’Agence française de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses).

 

 

Évaluation 2015 de l’EFSA des risques associés au BPA dans l’alimentation

5. Pourquoi l’EFSA a-t-elle procédé à une nouvelle évaluation des risques associés au BPA ?

En février 2012, les experts de l’EFSA siégeant dans le groupe scientifique sur les matériaux en contact avec les aliments, les enzymes, les arômes et les auxiliaires technologiques (groupe CEF) ont estimé que la publication de nouvelles recherches scientifiques sur le BPA au cours de ces dernières années justifiait une réévaluation complète de cette substance chimique. Les experts du groupe CEF ont ainsi décidé d’entreprendre une réévaluation complète des risques pour l’homme associés à l’exposition au BPA d’origine alimentaire, tout en tenant compte également de la contribution de sources non alimentaires d’exposition au BPA. Le groupe scientifique a aussi décidé d’évaluer plus en profondeur la pertinence possible pour la santé humaine de certains effets associés au BPA observés chez des animaux lors de tests réalisés avec de faibles doses.

6. Comment l’EFSA a-t-elle évalué les risques potentiels pour la santé humaine associés au BPA ?

L’évaluation des risques du BPA par l’EFSA:

  1. Analyse du danger – exploitation des données expérimentales issues d’études sur l’animal et sur l’homme pour identifier tout effet sur la santé associé à une exposition au BPA.
  2. Évaluation de l’exposition – utilisation des données relatives aux niveaux de BPA présent dans l’alimentation et dans les matériaux en contact avec les aliments et comparaison avec les données sur la consommation alimentaire en Europe pour calculer une estimation des niveaux moyen et élevé d’exposition au BPA par l’intermédiaire de l’alimentation. Les données disponibles sur les niveaux de BPA présent dans les sources non-alimentaires et apporté par ces sources ont été combinées avec des données relatives aux schémas de comportement pour calculer l’exposition non-alimentaire au BPA.
  3. Caractérisation du risque – analyse de la portée du risque que représentent les dangers identifiés pour les consommateurs aux niveaux actuels d’exposition au BPA– par ingestion orale, inhalation de poussière et exposition cutanée.

 

7. Les termes « dangers » et « risques » sont-ils synonymes ?

Non, les termes de danger et de risque recouvrent deux notions différentes. Un danger est une menace possible pour la santé, due aux propriétés intrinsèques d’une substance, par exemple sa capacité à endommager les reins ou à induire un cancer. En revanche, le risque qu’une substance puisse induire un effet négatif dépend de:

  • la quantité de substance à laquelle une personne est exposée,
  • la durée de l’exposition,
  • à quel moment a lieu l’exposition, c’est-à-dire au stade de fœtus, d’enfant ou d’adulte.

8. Quels sont les effets potentiels du BPA sur la santé identifiés par l’EFSA ?

Sur la base d’études animales, l’EFSA a conclu que le BPA à hautes doses (plusieurs centaines de fois supérieures à la DJT) était susceptible d’avoir un effet néfaste sur les reins et le foie. Il est également susceptible d'avoir un effet sur les glandes mammaires des rongeurs. La manière dont ces effets sont causés (le «mécanisme d'action») n’est pas claire. De possibles effets liés au BPA sur les systèmes reproductif, nerveux, immunitaire, métabolique et cardiovasculaire, ainsi que dans le développement de cancers sont considérés comme peu  probables à l'heure actuelle  mais ils n’ont toutefois pas pu être exclus.  Ils ajoutent à l'incertitude globale entourant les dangers associés au BPA et ils ont par conséquent été pris en compte dans l’évaluation.

9. Cela signifie-t-il que le BPA présente un risque pour la santé humaine ?

Le BPA ne pose pas de risque pour la santé des consommateurs étant donné que l'exposition actuelle à cette substance chimique est trop faible pour engendrer des dommages. L'avis scientifique de l'EFSA révèle que le niveau de BPA auquel les consommateurs de tous âges sont exposés à travers leur alimentation est bien en-deçà du      niveau d’exposition estimé sans danger, connu sous le nom de dose journalière tolérable (DJT).  L’EFSA estime que le BPA ne présente pas de problème pour la santé étant donné que les estimations les plus élevées, tant pour l'exposition alimentaire que pour l’exposition agrégée au BPA, sont de 3 à 5 fois inférieures à la DJT, en fonction du groupe d'âge. Pour tous les groupes de population, l'exposition alimentaire seule est plus de 5 fois inférieure à la DJT.  

10. Pourquoi l’EFSA a-t-elle abaissé la dose journalière tolérable (DJT) ?

La réduction de la DJT  n’est pas liée à l'émergence de nouveaux problèmes de santé liés au BPA. L’EFSA a réduit considérablement la DJT parce que la méthodologie utilisée pour évaluer les risques associés au BPA est à présent plus perfectionnée que celle ayant été utilisée dans les évaluations précédentes effectuées par l'Autorité entre 2006 et 2011.
Des données plus précises sont à présent disponibles et, par conséquent, les calculs utilisés pour évaluer les risques sont fondés sur des informations spécifiques à la substance et non sur des valeurs standard par défaut couramment utilisées. En outre, une analyse approfondie basée sur de nouvelles techniques a révélé des incertitudes dans la base de données quant à la  glande mammaire et aux systèmes reproductif, métabolique, neurocomportemental et immunitaire, qui se devaient d’être prises en considération.

11. Comment les experts de l’EFSA ont-ils calculé la nouvelle DJT ?

Dans sa réévaluation du BPA de 2015, l'EFSA a utilisé une méthodologie plus perfectionnée, étayée par de nouvelles données. Les experts de l'EFSA ont par ailleurs quantifié les incertitudes entourant certains effets potentiels afin de pouvoir en tenir compte dans l'évaluation des risques et le calcul de la dose journalière tolérable (DJT).

  • Les experts ont analysé les études toxicologiques disponibles et ont utilisé la méthode dite de la dose de référence pour calculer la dose la plus faible (appelée «dose de référence») à laquelle le BPA provoque un effet néfaste léger dans les reins des souris – en l’occurrence, une variation de 10% du poids moyen relatif de l'organe. Ils ont établi que cet effet se produit à la dose de 8 960 µg/kg pc/jour.
  • En se basant sur de nouvelles informations concernant les différences dans la façon dont les différentes espèces animales et les humains métabolisent et éliminent le BPA,  les experts de l'EFSA ont pu convertir la dose qui provoque un effet négatif sur les reins des souris en une dose orale équivalente pour l'homme fixée à 609 µg/kg pc/jour.
  • L’étape suivante consiste normalement à appliquer un facteur d'incertitude de 100 pour tenir compte des différences entre les espèces et des différences entre personnes individuelles. Lors du calcul de la dose équivalente humaine cependant, les différences inter-espèces de métabolisation et d'élimination sont déjà prises en compte ; il en résulte donc un facteur d'incertitude de 25.
  • Enfin, un facteur supplémentaire de six est inclus dans le calcul pour tenir compte des incertitudes dans les informations relatives aux effets sur la glande mammaire et sur les systèmes reproductif, neurocomportemental, immunitaire et métabolique. Les experts  ont établi ce facteur de six en procédant à une analyse détaillée des incertitudes fondée sur un jugement d'experts.
  • De cette façon, un facteur d’incertitude global de 150 (25 × 6) a été appliqué à la dose équivalente humaine de 609 µg/kg pc/jour pour dériver la nouvelle DJT de 4 µg/kg pc/jour.

12. Qu’est-ce que la méthode dite « de la dose de référence » ?

La méthode de la dose de référence (en anglais, benchmark dose) est une méthode statistique permettant d’estimer la dose à laquelle une substance donnée induit un effet faible mais mesurable sur un certain organe dans le corps, par exemple une modification de 5 % du poids d’un rein ou une augmentation de 10 % de l’incidence d’une toxicité dans le foie. Cette valeur de base – appelé point de référence – est utilisée pour établir une valeur indicative pour la santé, comme une DJT.
La méthode de la dose de référence est reconnue comme étant une approche plus précise et plus perfectionnée pour calculer une valeur sanitaire indicative parce qu’elle exploite toutes les données générées par une étude plutôt qu’un critère unique de référence.

13. Pourquoi l’EFSA a-t-elle établi une DJT temporaire (DJT-t) pour le BPA ?

La DJT est temporaire dans l’attente des résultats d'une étude en cours à long terme chez les rats qui étudie l’exposition prénatale et postnatale au BPA. Des recherches réalisées actuellement dans le cadre du programme national de toxicologie des États-Unis devraient répondre à bon nombre des incertitudes qui subsistent concernant les effets potentiels du BPA sur la santé.

14. En quoi consiste l’approche fondée sur le poids de la preuve ?

La méthode fondée sur le poids de preuve consiste à évaluer les forces et les faiblesses de données expérimentales ou d’une étude du point de vue de leur capacité à apporter une réponse scientifiquement rigoureuse à une question spécifique donnée.

Dans l’avis de l’EFSA de 2015 sur le BPA, cette méthode a permis d’estimer à quel degré les éléments de preuve nouvellement pris en compte renforçaient ou affaiblissaient la probabilité d’une association entre l’exposition au BPA et un danger donné pour la santé. Les conclusions des évaluations antérieures du BPA, réalisées par l’EFSA en 2006 et/ou 2010, ont été prises comme point de départ pour la nouvelle évaluation. L’EFSA a évalué la force des éléments de preuve liant le BPA à chaque danger et les a classés sur une échelle progressive à six degrés, allant de «très probable» et «probable» pour indiquer les liens les plus forts, à «peu probable» et «très peu probable», degrés pour lesquels le lien était considéré comme étant le plus faible. L’EFSA a précisé que seuls les dangers évalués comme présentant un lien probable ou très probable avec l’exposition au BPA seraient directement pris en compte dans la caractérisation du risque associé au composé chimique.

15. Le BPA est-il un perturbateur endocrinien ?

Les perturbateurs endocriniens sont des substances ayant une activité sur le système endocrinien et dont on peut démontrer qu’elles engendrent des effets indésirables en interagissant ou en interférant avec l'activité hormonale normale. L’EFSA  adopte la définition de l'Organisation mondiale de la santé selon laquelle une substance doit remplir trois critères pour être considérée comme un perturbateur endocrinien :

  • premièrement,  la présence d'un effet nocif,  
  • deuxièmement, la présence d'une activité endocrinienne,
  • troisièmement,  l’existence d’un lien de causalité entre les deux.  

Dans leur avis de 2015 sur le BPA, les experts de l’EFSA ont passé en revue toute la littérature scientifique relative aux effets potentiels du BPA sur l’activité endocrinienne. Ils ont conclu qu’il n’existe pas d’explication unique clairement définie qui permette d’obtenir une compréhension scientifique complète des effets potentiels du BPA chez l’homme. C’est la raison pour laquelle, sur la base des critères établis par l’OMS, il n’est pas possible de conclure que le BPA est un perturbateur endocrinien.
Le BPA est l’une parmi de nombreuses substances chimiques susceptibles d’avoir le potentiel d’interagir avec les systèmes hormonaux dans notre organisme. On sait depuis les années 1930 que le BPA peut imiter l’hormone sexuelle féminine, l’œstrogène. Les effets du BPA sur la fertilité, la reproduction et le système endocrinien ont fait l’objet de nombreux débats scientifiques.

16. Le BPA a-t-il des effets à faibles doses ?

Le potentiel du BPA à interagir avec le système endocrinien est souvent associé au signalement d’ « effets à faibles doses » ou de « relations dose-réponse non-monotones » (DRNM) du BPA. Lors des tests de toxicité sur l’animal, une courbe de relation dose-réponse monotone indique une augmentation proportionnelle des effets (indésirables) en fonction de la dose administrée. En revanche, la courbe d’une relation non-monotone change de direction au sein de l’intervalle de dose étudié et peut résulter, par exemple, en courbes en forme de U ou de U inversé. Les effets des faibles doses sont des réponses non-monotones qui surviennent à des doses plus faibles que celles utilisées dans les études de toxicité réglementaires.

En se fondant sur des critères scientifiques, les experts de l’EFSA ont conclu que les données disponibles ne fournissaient pas de preuve que le BPA induise des relations dose-réponse non-monotones s’agissant des effets sur la santé étudiés.

17. Qu’est-ce qui est important dans la nouvelle évaluation par l’EFSA de l’exposition au BPA ?

Il s’agit du premier examen de l’EFSA de l’exposition des consommateurs au BPA depuis 2006 et de la première évaluation à couvrir à la fois les sources alimentaires et non-alimentaires (par exemple, le papier thermique et les sources environnementales telles que l’air et la poussière). Cette évaluation prend également en considération des groupes de population plus spécifiques que la précédente évaluation de l’exposition. Ces groupes incluent par exemple les bébés nourris au sein, ceux nourris au biberon, les nourrissons jusqu’à l’âge de 5 jours, de 3 mois, de 6 mois et de 12 mois, les adolescents (de 10 à 18 ans) et les femmes en âge de procréer (de 18 à 45 ans).

Des données relatives aux concentrations de BPA dans les aliments ont été combinées avec des chiffres sur la consommation alimentaire (y compris pour le lait maternel) pour estimer l’exposition alimentaire. Étant donné que cette évaluation de l’exposition tient également compte de sources  non-alimentaires, les données relatives aux concentrations de BPA dans ces sources et qui en dérivent (y compris la poussière, le papier thermique et les cosmétiques) ont été combinées avec des données sur les modes de comportement. De plus, les résultats de la surveillance biologique (c’est-à-dire l’analyse des concentrations de BPA dans l’urine humaine) ont été utilisés pour corroborer les estimations obtenues à l’aide des techniques de modélisation, et se sont avérées cohérentes.

18. L’exposition des consommateurs au BPA est-elle élevée ?

  • Les estimations les plus élevées tant pour l'exposition alimentaire au BPA que pour l’exposition via d’autres sources combinées (« exposition agrégée ») sont de trois à cinq fois inférieures à la DJT-t fixée à quatre microgrammes par kilogramme de poids corporel par jour (4 µg/kg de pc/jr)
  • L’exposition alimentaire au BPA est de quatre à quinze fois inférieure que précédemment estimée par l’EFSA en 2006, en fonction du groupe d’âge considéré. Ces valeurs s’expliquent par la disponibilité de données de meilleure qualité et la formulation d’hypothèses moins prudentielles lors du calcul de l’exposition.
  • L’exposition alimentaire au BPA est la plus élevée chez les nourrissons et les enfants en bas âge. Les estimations les plus élevées sont cependant quatre fois et demie sous la DJT-t. Ces valeurs s’expliquent par leur consommation alimentaire plus élevée proportionnellement à leur poids corporel.
  • L’exposition alimentaire des nourrissons nourris au biberon et âgés de 0 à six mois est cinquante fois inférieure à la DJT-t dans les estimations les plus élevées.
  • l’exposition globale, qui reflète l'exposition totale à la forme du BPA qui présente un risque toxicologique  – connue sous le nom de « BPA non conjugué » – toutes sources confondues (alimentation, poussière, cosmétiques et papier thermique) est la plus élevée chez les adolescents avec plus de 1 µg/kg pc/jour.

19. Quelles sont les principales sources d’exposition au BPA pour les consommateurs ?

  • Les aliments en conserve et, dans une moindre mesure, la viande et les produits à base de viande (non mis en conserve) ont été identifiés comme les principaux contributeurs à l'exposition alimentaire au BPA pour tous les groupes d'âge. Les aliments en conserve sont connus en tant que source alimentaire de BPA en raison de l’utilisation de la substance dans le revêtement des boîtes de conserve et des cannettes.
  • Du BPA pourrait être présent dans de la viande et des produits à base de viande via un contact avec un emballage, avec des équipements de transformation ou d’autres formes de contamination (par ex. l’environnement, l’alimentation animale). Les experts de l’EFSA n’ont cependant pas trouvé de preuve scientifique solide étayant ce fait.
  • L’exposition au BPA dans le papier thermique à travers la peau est la deuxième source plus importante d’exposition externe dans tous les groupes d’âge au-dessus de trois ans, avec des valeurs de quatre fois à huit fois inférieures à la DJT-t.

20. L’évaluation par l’EFSA de l’exposition au BPA contient-elle des incertitudes ?

Les experts ont été confrontés à un manque de données pour documenter l’exposition cutanée (par la peau) – par exemple, la quantité de BPA absorbée par le corps à travers la peau lors d’un contact avec du papier thermique. Ceci accroît les incertitudes entourant les estimations de l’exposition provenant du papier thermique et des cosmétiques.

Les incertitudes concernant l’exposition alimentaire, en revanche, sont relativement faibles.

21. Pourquoi les estimations de l’exposition de 2006 et de 2015 sont-elles si différentes ?

En 2006, les estimations de l’exposition alimentaire au BPA étaient beaucoup plus élevées en raison du manque de données disponibles à cette époque. Cette situation avait conduit les experts à émettre des hypothèses très prudentes concernant les concentrations possibles de BPA dans les aliments et les boissons. A la suite d’un appel à données en 2012, l’EFSA a examiné plus de 2 500 échantillons pour évaluer les concentrations de BPA dans une série de catégories d’aliments. De plus, l’EFSA peut maintenant consulter sa base de données exhaustive sur la consommation alimentaire dans l’UE, disponible depuis 2010, pour avoir un tableau plus détaillé des schémas de consommation alimentaire en Europe que celui qui était disponible lors de la précédente évaluation par l’EFSA de l’exposition au BPA. Ces nouvelles informations ont conduit à un affinement considérable des estimations de l’exposition par rapport à 2006.

22. L’exposition au BPA provenant des tickets de caisse est-elle préoccupante ?

Pour les groupes de population âgés de plus de trois ans, le papier thermique s’est révélé être la deuxième source la plus importante d’exposition au BPA après l'alimentation, constituant  potentiellement jusqu’à 75 % de l’exposition totale des adolescents. En raison des incertitudes entourant les estimations de l’exposition, les experts de l’EFSA considèrent qu’il faut davantage de données (en particulier sur l’absorption cutanée du BPA et les habitudes de manipulation des tickets de caisse) pour pouvoir procéder à une estimation plus précise de l’exposition par cette voie.

23. Comment l’EFSA a-t-elle quantifié et pris en compte les incertitudes dans son évaluation des risques ?

Les experts de l'EFSA ont utilisé de nouvelles méthodologies pour tenir compte des incertitudes en ce qui concerne les effets potentiels sur la santé, les estimations de l'exposition et l'évaluation des risques pour l'homme. En analysant chaque incertitude une par une et en combinant les jugements des experts, le groupe scientifique a pu quantifier ces incertitudes et les intégrer dans son évaluation des risques et son calcul de la DJT.

24. Dans quelle mesure l’EFSA a-t-elle travaillé de manière ouverte et transparente pendant sa réévaluation du BPA ?

Étant donné le niveau élevé d’intérêt public pour ces travaux et dans un souci d'ouverture et de transparence, l'EFSA a organisé une vaste consultation publique à ce sujet et entretenu un dialogue avec les autorités nationales et les parties prenantes au cours de cette évaluation afin de garantir que l'éventail le plus large possible de points de vue scientifiques et d'informations soient pris en compte.

L’EFSA a organisé une consultation publique en deux étapes : en juillet 2013, la consultation portait sur le projet d’évaluation relatif à l’exposition au BPA et, en janvier 2014, la consultation portait sur le projet d’évaluation relatif aux risques pour la santé humaine liés à l’exposition au BPA.

Les résultats des deux phases de la consultation ainsi que les réponses de l’EFSA aux questions et commentaires reçus sont disponibles dans un rapport publié en même temps que l’avis de 2015.

25. L’EFSA a-t-elle travaillé avec les évaluateurs des risques dans les États membres lors de l’élaboration de son avis scientifique ?

Chaque fois que l’EFSA procède à une évaluation des risques, elle en informe et elle dialogue avec les autorités compétentes des États membres et d’autres partenaires. Par exemple, lors de l’élaboration de son avis 2015 sur le BPA, l'EFSA et l'Agence française de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) ont discuté de leurs évaluations respectives du BPA. Les deux agences ont convenu que la plupart des différences portent sur la pertinence de certaines études et sur l’interprétation des incertitudes qui entourent les effets potentiels du BPA sur la santé humaine. Les deux agences sont résolues à travailler en étroite collaboration lors des futures évaluations des risques du BPA lorsque de nouvelles informations seront disponibles.

26. Quelles sont les principales différences entre la version préliminaire et la version finale de l’avis de l’EFSA ?

Les changements les plus importants apportés à l’avis de l’EFSA suite aux consultations publiques sont les suivants :

  • Le perfectionnement du point de référence utilisé pour dériver la DJT temporaire en (1) recalculant la dose critique s’agissant des effets sur le foie chez les souris sur la base de la disponibilité de données individuelles issues d’une étude clé, et (2) l’utilisation d’un facteur affiné pour convertir cette dose en dose orale équivalente humaine.
  • La quantification et la prise en compte des incertitudes entourant d’autres effets potentiels sur la santé, les estimations de l’exposition et l’évaluation des risques pour l’homme.
  • Une réduction de 30% à 10% de l’exposition estimée du BPA par la peau comparable aux données issues de la surveillance biologique (niveaux de BPA dans les urines humaines)
  • Évaluation du risque par l’intermédiaire de sources alimentaires uniquement au lieu de toutes les sources « orales » (càd alimentaire plus ingestion de poussière), ainsi que via toutes sources combinées (alimentation, poussière, cosmétiques et papier thermique).

27. Quel est le rôle de l’EFSA ? Qui réglemente l’utilisation du BPA dans la chaîne alimentaire ?

Le rôle de l'EFSA dans le système de sécurité des aliments de l'UE consiste à réaliser l’évaluation scientifique des risques. Cette évaluation des risques contribue à la prise de décision par les gestionnaires des risques de la Commission européenne, du Parlement européen et des États membres, instances qui réglementent l'utilisation sûre du BPA en tant que matériau en contact avec les aliments. Les gestionnaires des risques tiennent compte de cette évaluation mais aussi d'autres facteurs lorsqu’ils prennent des décisions relevant de la gestion des risques. Les autres éléments considérés ne relèvent pas des compétences de l'EFSA telles que définies par la législation européenne.