Bisphénol A

Bisphénol A

Le bisphénol A (BPA) est une substance chimique principalement utilisée en association à d’autres substances chimiques pour la fabrication de plastiques et de résines. Le BPA est par exemple utilisé dans le polycarbonate, un plastique rigide et transparent de haute performance. Le polycarbonate est utilisé pour fabriquer des récipients alimentaires tels que des bouteilles recyclables, des biberons, de la vaisselle (assiettes et tasses) ainsi que des conteneurs destinés au stockage. Des résidus de BPA se retrouvent également dans des résines époxy utilisées pour fabriquer des revêtements et des films de protection recouvrant les canettes et les cuves destinées à recevoir des aliments et des boissons. Le BPA peut migrer en petites quantités dans les aliments et les boissons stockées dans des matériaux qui contiennent cette substance.

Rôle de l’EFSA

L’EFSA adopte des avis scientifiques et fournit des conseils scientifiques à l’attention des gestionnaires des risques et concernant la sécurité du BPA lorsqu’il est utilisé dans des matériaux en contact avec des aliments. Ce travail est réalisé par le groupe scientifique de l’EFSA sur les matériaux en contact avec les aliments, les enzymes, les arômes et les auxiliaires technologiques (groupe CEF).

Cadre de l’UE

L’emploi du BPA est autorisé dans les matériaux en contact avec les aliments au sein de l’Union européenne (UE) conformément au règlement UE n° 10/2011 relatif aux matériaux et articles en matière plastique destinés à entrer en contact avec des denrées alimentaires. En janvier 2011, la Commission européenne a adopté la directive UE n° 8/2011, interdisant l’utilisation du BPA pour la fabrication de biberons pour nourrissons en polycarbonate.

Le BPA est autorisé pour une utilisation alimentaire dans d’autres pays tels que les États-Unis et le Japon.

Activités de l’EFSA

L’EFSA a terminé son évaluation complète des risques associés au BPA en 2006 et elle a établi une dose journalière acceptable (DJA) de 0,05 mg par kilo de poids corporel pour cette substance. La DJA est l'estimation de la quantité d’une substance, exprimée par rapport au poids corporel, qui peut être ingérée quotidiennement pendant toute la durée d’une vie sans risque notable pour la santé. L’EFSA a également évalué les quantités effectivement consommées de BPA par l’intermédiaire des aliments et des boissons chez les adultes, les nourrissons et les enfants et a constaté qu’elles étaient largement inférieures à la DJA.

L’EFSA a mis à jour ses conseils scientifiques sur le BPA à plusieurs reprises depuis 2006, la mise à jour la plus récente datant de 2011 (voir ci-dessous).

Activités récentes

En février 2012, à la suite d’un examen approfondi de nouvelles études scientifiques publiées, le groupe scientifique CEF de l’EFSA a décidé d’entreprendre une réévaluation complète des risques pour l’homme associés à l’exposition au BPA par l’intermédiaire du régime alimentaire, en tenant compte également de la contribution de sources non alimentaires à l’exposition globale au BPA. Ce nouvel avis aura pour objet de passer en revue toutes les données et études scientifiques disponibles sur l’exposition alimentaire publiées depuis l’avis de 2006 de l’EFSA. Le groupe CEF évaluera en outre les incertitudes relatives à la pertinence possible pour la santé humaine de certains effets liés au BPA observés chez des rongeurs à de faibles doses.

Deux nouveaux groupes de travail spécifiques ont été constitués pour se pencher, respectivement, sur la caractérisation des dangers associés au BPA (concernant ses effets toxicologiques) et sur l'exposition au BPA (comment et dans quelle mesure le BPA est absorbé par le corps humain). De nouveaux résultats issus d'études en cours sur les effets à faibles doses ainsi que sur l'exposition alimentaire et non alimentaire au BPA seront pris en compte lorsqu’ils seront rendus disponibles au cours de cette année. L’EFSA maintiendra un contact étroit avec des organismes aux niveaux européen et national impliqués dans des travaux d’évaluation du BPA ainsi qu’avec des experts scientifiques américains travaillant sur des études actuellement en cours. 

L’EFSA se penchera spécifiquement sur la problématique des effets des faibles doses en toxicologie et en évaluation des risques lors d’un colloque scientifique organisé à ce sujet avec la participation d’experts internationaux à Parme, les 14 et 15 juin prochains.

Jalons clés

Dans l’ensemble, l’EFSA et ses groupes scientifiques ont analysé des centaines de documents scientifiques émanant de publications faisant l’objet d’un examen par des pairs, ainsi que des rapports d’études soumis par l’industrie.

L’EFSA a finalisé sa première évaluation des risques complète du BPA en 2006 et a établi une dose journalière acceptable (DJA) de 0,05 mg/kg de poids corporel par jour pour cette substance.

Dans un avis scientifique adopté en 2008, l’EFSA s’est penchée sur la capacité différente pour les nourrissons et les adultes d’éliminer le BPA de l’organisme. Dans cet avis, il a été confirmé que l’exposition au BPA était bien inférieure à la DJA de 0,05 mg/pc, tant pour les adultes que pour les nourrissons. En effet, après une exposition au BPA, l’organisme humain métabolise et élimine rapidement la substance. Ceci est également valable pour les nouveau-nés qui ont la capacité d’éliminer le BPA à des taux dépassant largement la DJA. Dans son évaluation, l’EFSA a pris en compte aussi bien les informations et les données déjà disponibles dans le passé que les informations et les données les plus récentes à ce sujet, émanant de toutes les sources (secteur de l’industrie aussi bien que la littérature scientifique examinées par les pairs).

En septembre 2008, la Commission européenne a demandé à l’EFSA d’évaluer les conclusions d’une étude réalisée par Lang et al. ( Journal of the American Medical Association, 16 septembre 2008) et qui suggérait l’existence d’un lien entre les taux de BPA dans les urines et l'augmentation de l’incidence de maladies cardiaques et de diabètes. Dans une déclaration adoptée en octobre 2008, l’EFSA a fait observer que cette étude ne contenait aucune information sur l’exposition à long terme au BPA, alors que des informations de ce type seraient nécessaires pour pouvoir établir une corrélation entre le BPA et le développement des maladies chroniques en question. C’est la raison pour laquelle l’EFSA a estimé que l’étude n’apportait pas de preuves suffisantes de l’existence d’un lien causal entre le BPA et ces états de santé.

En octobre 2009, la Commission européenne a demandé à l’EFSA d’examiner une nouvelle étude, publiée par Stump, concernant les effets neurodéveloppementaux possibles du BPA et, le cas échéant, de mettre à jour la DJA existante en conséquence. L’étude en question avait été commanditée par l’American Chemistry Council afin de répondre à des préoccupations en matière de sécurité soulevées par le gouvernement canadien qui avait introduit une législation interdisant l’utilisation du polycarbonate dans les biberons pour nourrissons.

En mars 2010, l’EFSA a reçu une nouvelle demande connexe de la Commission européenne qui l’invitait à prendre en considération toute nouvelle preuve scientifique disponible qui pourrait affecter les conclusions des avis adoptés précédemment sur la BPA et à travailler en étroite collaboration avec les organes d’évaluation des risques des États membres de l’UE sur cette question. À la suite de cette demande, l’EFSA a organisé une réunion rassemblant des experts nationaux des États membres spécialisés sur le sujet du BPA ainsi que des représentants de la Commission européenne, au cours de laquelle des membres du groupe CEF de l’EFSA ont rédigé un projet d’avis scientifique actualisé sur le BPA. Les membres du groupe et les experts nationaux ont souligné que toutes les informations scientifiques devaient être soumises à une analyse critique afin de pouvoir déterminer leur pertinence dans le cadre de l’évaluation de la sécurité du BPA pour la santé humaine. Les experts nationaux ont été invités à soumettre à l’EFSA toute nouvelle preuve disponible, qui serait prise en considération lors de la finalisation de l’avis scientifique.

L’EFSA a mis à jour ses conseils sur le BPA en septembre 2010. À la suite d’un examen détaillé et exhaustif de la littérature scientifique la plus récente et d’études sur la toxicité du BPA à faibles doses, les scientifiques du groupe CEF de l’EFSA ont conclu qu’ils n’avaient pu identifier aucune nouvelle preuve qui les amènerait à reconsidérer la DJA pour le BPA, fixée par l’EFSA à 0,05 mg/kg de poids corporel dans son avis scientifique de 2006 et reconfirmée dans son avis de 2008. Le groupe a également déclaré que les données actuellement disponibles n’apportaient pas d’éléments probants concernant une toxicité neurocomportementale du BPA. 

Un membre du groupe scientifique avait exprimé un avis minoritaire et estimait que certaines études récentes indiquaient des incertitudes quant aux effets indésirables sur la santé à un niveau inférieur à celui utilisé pour établir la DJA actuelle. Bien que le membre du groupe scientifique ait été en accord avec l’opinion générale des autres membres sur le fait qu’on ne puisse pas se baser sur ces études pour établir une DJA inférieure, cet expert avait néanmoins recommandé que la DJA actuelle soit transformée en DJA temporaire. Les membres du groupe scientifique ont reconnu que certaines études récentes faisaient état d’effets indésirables chez les animaux exposés au BPA pendant leur développement, à des doses bien inférieures à celles utilisées pour déterminer l’actuelle DJA. Ces études se penchent sur les modifications biochimiques au niveau du système nerveux central, sur les effets sur le système immunitaire et la sensibilité accrue au cancer du sein. Cependant, étant donné que ces études présentaient plusieurs lacunes en rapport avec leur conception ou le signalement des données et qu’elles n’étaient pas conformes aux critères de qualité pour être incluses dans une évaluation des risques, leur pertinence en relation avec la santé humaine n’a pas pu être évaluée.

En novembre 2011, le groupe scientifique CEF a publié une déclaration ayant pour objet les rapports sur le BPA publiés par l’Agence française de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) en septembre 2011. Dans sa déclaration, le groupe CEF a globalement considéré que les informations contenues dans le rapport de l'Anses et relatives aux effets du BPA sur la santé ne justifiaient pas une modification de l’opinion exprimée par le groupe scientifique dans ses avis précédents sur la sécurité du BPA publié en 2010. À la suite d’un échange d’information avec l’Anses, le groupe a expliqué que le travail de l’Anses s’était limité à une identification du danger tandis que l’EFSA avait pour sa part réalisé une évaluation complète des risques associés au BPA (pour la première fois en 2006 et reconfirmée en 2008 et 2010).

Cependant, à la suite d’un examen préliminaire de nouvelles publications scientifiques parues et identifiées grâce à la surveillance permanente qu’exerce l’EFSA sur la littérature scientifique dans ce domaine, le groupe CEF a confirmé, comme il l’avait fait dans son avis de 2010, que des incertitudes subsistaient quant à la pertinence éventuelle pour la santé humaine de certains effets associés au BPA à faibles doses observés chez des rongeurs. Le groupe a aussi déclaré qu’il réexaminerait son avis après avoir évalué de nouvelles études et lorsque de nouvelles données provenant d'études en cours aux États-Unis sur le BPA à faibles doses seraient rendues disponibles. Ces études associent le FDA’s National Center for Toxicological Research (NCTR) et le programme national de toxicologie du National Institute of Environmental Health Sciences’s (NIEHS).

Dernière mise à jour: 14 mai 2012