L'EFSA et l'ECDC publient le premier rapport conjoint sur la résistance aux antimicrobiens chez les bactéries zoonotiques affectant les humains, les animaux et les aliments

Nouvelle
12 juillet 2011

Les scientifiques de deux agences de l'Union européenne ont mis leurs compétences en commun pour analyser les données issues des États membres et compiler le premier rapport conjoint de l'UE sur la résistance aux antimicrobiens dans les bactéries zoonotiques affectant les humains, les animaux et les aliments. Généré par l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), le rapport indique que la résistance aux antimicrobiens a été constatée dans des bactéries zoonotiques telles que Salmonella et Campylobacter, bactéries susceptibles de provoquer des maladies infectieuses transmissibles entre les animaux et les humains et qui peuvent être présentes dans les aliments. Le rapport présente également des données concernant la résistance aux antimicrobiens pour des bactéries qui n’entraînent pas de maladie, telles que les bactéries E. coli et Enterococci indicatrices, qui ne provoquent habituellement pas de maladies chez les humains[1].

Le rapport constitue une importante contribution aux travaux menés au niveau européen, et la Commission européenne tiendra compte de ses résultats pour développer des propositions d’actions de lutte contre la résistance aux antimicrobiens.

«L'EFSA, l'ECDC et les États membres ont travaillé de concert pour fournir aux responsables politiques ce rapport de référence très important», déclare le Dr Hubert Deluyker, directeur de l'évaluation des risques et de l'assistance scientifique à l'EFSA.

«Reconnaissant la menace sérieuse pour la santé publique présentée par la résistance aux antimicrobiens, ces deux agences, en étroite collaboration avec leurs collègues de diverses autres institutions en Europe, ouvrent la voie vers des méthodologies d'harmonisation en matière de collecte de données auprès des secteurs médicaux, vétérinaires et alimentaires dans l'ensemble de l'UE.»

Marc Sprenger, directeur de l'ECDC, ajoute: «Notre objectif partagé est d'harmoniser la surveillance et le contrôle de la résistance aux antimicrobiens dans les infections transmises entre les animaux et les humains. Ces informations sont cruciales pour la prise de décisions concernant le contrôle des infections résistantes aux antimicrobiens qui affectent un nombre croissant de personnes dans toute l'Europe.»

Les antimicrobiens sont utilisés en médecine humaine et vétérinaire afin d'éliminer les micro-organismes responsables d'infections, tels que les bactéries. Chez les animaux producteurs d'aliments, les antimicrobiens utilisés pour traiter les maladies infectieuses peuvent être identiques ou similaires à ceux utilisés pour les humains.

La résistance aux antimicrobiens se produit lorsque les micro-organismes développent des mécanismes qui réduisent l’efficacité ou rendent l’utilisation d’antimicrobiens inefficace. Les bactéries résistantes peuvent se propager par de nombreuses voies. Quand un phénomène de résistance aux antimicrobiens se produit dans des bactéries zoonotiques présentes chez les animaux et dans les aliments, elle peut également compromettre le traitement efficace de maladies infectieuses chez les humains.

Le rapport, basé sur des données de 2009, indique qu'une proportion élevée de Campylobacter chez les humains est résistante à la ciprofloxacine – un antibiotique d'importance cruciale pour le traitement des maladies humaines – qui appartient au groupe des fluoroquinolones. Chez les animaux, on a également constaté une proportion élevée ou modérée de Salmonella (chez les poulets), de Campylobacter et d’E. coli non responsable de maladies résistants à cet antibiotique.

Une proportion faible de Salmonella chez les humains et de Salmonella et E. coli chez les animaux s'est avérée résistante aux céphalosporines de troisième génération, un type d'antibiotique considéré par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) comme étant d'une importance cruciale pour la médecine humaine.

Résultats clés du rapport

Humains

  • Campylobacter: chez les humains, on a enregistré des niveaux élevés de résistance à la ciprofloxacine antimicrobienne (47 %) ainsi qu'à l'ampicilline (43 %) et à l'acide nalidixique (40 %). La résistance à un autre antimicrobien important, l'érythromycine, était faible (3,1 %).
  • Salmonella: le rapport indique une résistance modérée aux antimicrobiens courants tels que l'ampicilline, la tétracycline et le sulfonamide, avec environ 20 % des bactéries testées considérées comme résistantes. La résistance aux antimicrobiens cliniquement importants, les fluoroquinolones et les céphalosporines de troisième génération, était inférieure à 10 %.
  • E. coli: le rapport ne comportait aucune donnée concernant la résistance aux antimicrobiens d'E. coli chez les humains.

Animaux

  • Chez les animaux, Campylobacter a également fait preuve de niveaux de résistance élevés à la ciprofloxacine. C'était le cas en particulier pour les poulets (46 % pour Campylobacter jejuni et 78 % pour Campylobacter coli) ainsi que les porcs (50 % pour Campylobacter coli).
  • Salmonella: chez les animaux, on a enregistré des niveaux élevés de résistance à l'ampicilline, à la tétracycline et au sulfonamide chez les porcs et dans la viande porcine (47 à 60 %), le bétail (37 à 40 %) ainsi que la viande de poulet (27 à 33 %). On a enregistré un niveau modéré de résistance à la ciprofloxacine chez les poulets et dans la viande de poulet (environ 20 %).
  • L'E. coli non responsable de maladies montre des niveaux élevés de résistance à la tétracycline, à l'ampicilline et au sulfonamide chez les porcs et les poulets, et l'E. coli s'est avéré résistant à la ciprofloxacine chez les poulets (47 %) ainsi que chez les porcs (12 %). L'occurrence de résistance à la céphalosporine de troisième génération était encore faible.

  • European Union summary report on antimicrobial resistance in zoonotic and indicator bacteria from animals and food in the European Union in 2009

Notes aux éditeurs:

Les zoonoses sont des infections et des maladies qui sont transmissibles entre les animaux et les humains, les plus souvent signalées étant la salmonellose et la campylobacteriose (voir le rapport annuel de l'EFSA et de l'ECDC sur les zoonoses ). Les bactéries zoonotiques qui sont résistantes aux antimicrobiens suscitent des inquiétudes spécifiques car elles risquent de compromettre le traitement efficace des infections chez les humains ainsi que chez les animaux.

L'Autorité européenne de sécurité des aliments et le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies ont analysé les informations soumises par 25 États membres de l'Union européenne (et deux États non membres, la Norvège et la Suisse) concernant la résistance aux antimicrobiens d'isolats de Salmonella et de Campylobacter d'origine humaine, alimentaire et animale, et d'isolats d'Escherichia coli non responsable de maladies (bactérie indicatrice/commensale) et d'entérocoques d'origine animale et alimentaire en 2009. L'E. coli non responsable de maladies et les entérocoques sont utilisés pour indiquer le niveau de résistance aux antimicrobiens dans la flore bactérienne normale des intestins d'animaux sains. L'EFSA analyse la résistance aux antimicrobiens des bactéries zoonotiques présentes dans les animaux et les aliments depuis 2004.

Les fluoroquinolones (telles que la ciprofloxacine), les céphalosporines de troisième génération (telles que la céfotaxime), et les macrolides (tels que l'érythromycine), sont tous définis par l'Organisation mondiale de la santé comme étant des groupes d'agents antimicrobiens d'une importance cruciale pour la médecine humaine.

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[1] Les bactéries E. coli et Enterococci analysées dans le rapport étaient non-pathogènes, c'est à dire qu'elles ne provoquent pas de maladies. Le rapport comporte des données relatives à la résistance d'E. coli uniquement d'origine animale et alimentaire et non d'origine humaine.
[2] Le rapport de l’EFSA et de l’ECDC sur les zoonoses montre que la présence de Salmonella chez l’homme diminue pour la cinquième année consécutive