L’EFSA lance un projet de recherche paneuropéen sur le déclin des populations d'abeilles

Nouvelle
19 décembre 2008

L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a accordé une subvention de 100 000 € à un consortium d’instituts scientifiques européens[1] afin d’étudier ce que l’on appelle le syndrome d’effondrement des colonies (en anglais, CCD[2], pour Colony Collapse Disorder) qui décime les abeilles.

Ce projet de 9 mois, coordonné par l’unité «Méthodologie d’évaluation» (AMU) de l’EFSA, doit débuter en janvier 2009. Il vise à identifier les facteurs pouvant contribuer au CCD et à mettre en évidence les lacunes en matière de connaissances scientifiques afin d'orienter les prochaines recherches. Il analysera également les programmes actuels de surveillance des abeilles et évaluera si les données destinées à mesurer le CCD dans toute l’Europe sont adaptées.

Hubert Deluyker, directeur de l’unité «Coopération et assistance scientifiques» de l’EFSA, a déclaré : «Ce projet constituera une avancée importante dans le cadre des efforts internationaux déployés afin de comprendre et d’aider à résoudre le problème du déclin constaté parmi les populations d’abeilles qui pourrait avoir de larges implications, non seulement d’un point de vue environnemental, mais également au niveau de la chaîne alimentaire».

«J’encourage vivement les scientifiques et les autres parties concernées, telles que les associations d’apiculture, par exemple, à partager leurs précieuses données, connaissances et expérience scientifiques avec les responsables de ce projet», a-t-il ajouté.

Les abeilles jouent un rôle primordial dans la pollinisation des cultures. Par conséquent, le déclin des populations d’abeilles pourrait avoir un impact énorme sur la production agricole. Depuis 2003, de nombreuses pertes ont été enregistrées dans les ruches en Europe mais il est actuellement difficile d’estimer l'étendue de ces pertes avec précision, étant donné que la collecte des données est fragmentée et que les méthodologies de surveillance sont hétérogènes. La cause du CCD est inconnue, mais divers facteurs sont considérés comme responsables, parmi lesquels le manque de nourriture, les virus, les acariens, l’exposition aux pesticides et le changement climatique.

Une étude préliminaire de la situation en Europe, par l’observation de la production de miel, de la présence de résidus chimiques dans le miel et des programmes de surveillance actuels, a été réalisée par l’EFSA en août 2008. Un rapport a ensuite été publié par l’unité «Méthodologie d’évaluation» de l’EFSA, sur la base des informations fournies par 22 pays européens. Ce projet devrait s’appuyer sur les conclusions de ce rapport.

Conformément à l’article 36 de son règlement fondateur, l’EFSA accorde régulièrement des subventions aux organisations partenaires, nommées par les États membres de l’Union européenne afin d’aider l’EFSA dans certains domaines de son travail, tels que la collecte des données et d’autres tâches préparatoires qui lui permettent de fonder ses avis scientifiques, ainsi que dans l’assistance scientifique et technique qu'elle fournit. Depuis le lancement du programme en 2007, environ 25 subventions de ce type ont été accordées ou sont en cours de négociation, pour un montant total d’environ 3,5 millions d'euros.

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Mortalité et surveillance des abeilles en Europe

Qu’est-ce que le syndrome d’effondrement des colonies (CCD)?
Le terme de syndrome d’effondrement des colonies a été utilisé pour la première fois en 2006 pour décrire la disparation rapide d’abeilles adultes dans une colonie d’abeilles (ruche). Aux derniers stades de l’effondrement, la reine est seulement accompagnée de quelques abeilles venant juste de parvenir au stade adulte, mais on ne trouve aucune abeille adulte à l’intérieur ou à proximité de la ruche. De récentes recherches ont montré que les ruches concernées par ce phénomène ont des couvains operculés (chrysalides enfermées dans des cellules par des abeilles adultes afin de les isoler au cours de la période de non alimentation) et des réserves de nourriture ; la raison de l’effondrement n’apparaît pas clairement.

Quelles sont les causes possibles du CCD ?
Il est probable qu’il n’y ait pas de cause unique à ce phénomène mais une combinaison de facteurs contribuant à la disparition des colonies dans les ruches. Les colonies d’abeilles sont entre autres actuellement la cible d’une série de parasites, bactéries ou virus pouvant engendrer maladies et mortalité, la mite destructrice Varroa constituant un danger d’une importance particulière . Des rapports signalent également des empoisonnements chez les abeilles suite à l’utilisation de produits phytosanitaires, dont les insecticides néonicotinoïdes. D’autres facteurs environnementaux sont susceptibles de contribuer au CCD, par exemple les périodes prolongées de temps humide et le manque d’accès à des cultures fourragères appropriées, ces deux facteurs pouvant provoquer la famine chez les abeilles.

Le CCD est-il un phénomène nouveau ?
Certains écrits suggèrent que les disparitions à grande échelle affectant les colonies d’abeilles ne sont pas nouvelles dans l’industrie de l’apiculture, de nombreux symptômes présentés par les colonies atteintes de CCD ont été décrits dans le passé. D’après les recherches réalisées par la Pennsylvania State University, cette maladie a été signalée dès 1869 aux États-Unis, en Australie, au Mexique, en France, en Suède et en Allemagne. L’effondrement des colonies constitue, dans une certaine mesure, un danger reconnu et il n’est pas rare que des ruches caractérisées par un faible niveau de viabilité s’effondrent durant l’hibernation. Cependant, le vrai sujet de préoccupation, actuellement, est l’ampleur signalée des récentes disparitions.

Quelles sont les conséquences du déclin des populations d’abeilles ?
Les abeilles jouent un rôle important dans la pollinisation des cultures, y compris pour une grande majorité des légumes produits en Europe, de sorte qu’un déclin dans les populations d’abeilles pourrait avoir un grave impact sur la production agricole.

Pourquoi l’EFSA est-elle impliquée ?
L’EFSA ne s’occupe pas uniquement de la sécurité des aliments au sens strict mais également d’un certain nombre de questions relatives à la santé et au bien-être des animaux ainsi qu’à la santé des plantes. L’Autorité dispose également des réseaux, de l’expérience et de l’expertise nécessaires pour rassembler et interpréter des données provenant de sources diverses afin d’aider les preneurs de décision nationaux et européens à coordonner leur action dans le but de s’attaquer à des problèmes d’ampleur internationale tels que le CCD.

Comment le rapport de l’EFSA concernant la mortalité des abeilles et la surveillance des abeilles a-t-il été réalisé et quelles ont été ses conclusions ?
En mars 2008, l’Agence française de sécurité des aliments (Afssa) a pris contact avec l’EFSA afin d’obtenir des informations concernant les niveaux de résidus de pesticides dans le miel, les programmes de surveillance de l’effondrement, l’affaiblissement et la mortalité des abeilles, ainsi que des données sur les niveaux de production de miel dans l’Union européenne. L’EFSA a distribué aux autorités nationales un bref questionnaire afin de recueillir des données par le biais de son réseau de points de contact nationaux. Les réponses provenant de 22 États membres, ainsi que de la Norvège et de la Suisse, ont été compilées dans un rapport intitulé  « Mortalité et surveillance des abeilles en Europe » ,  publié en août 2008 par l’unité « Méthodologie d’évaluation » de l’EFSA.

Dix-sept programmes de surveillance des abeilles ont été identifiés dans seize pays. Ces programmes étaient souvent mis en place par des associations ou des fédérations d’apiculteurs. Les taux de mortalité signalés se situent dans une fourchette de 7 à 50 %. L’Italie a rapporté le taux de mortalité le plus élevé, avec 40 à 50% de mortalité en 2007. Les résultats divers enregistrés par les programmes de surveillance et les différentes méthodes utilisées pour évaluer la mortalité des abeilles rendent la comparaison des chiffres difficile. Afin d’approfondir les recherches, l’EFSA a ensuite lancé un appel à propositions pour une étude collective relative au CCD à l’échelle de l’Union européenne, conformément à l’article 36 de son règlement fondateur.

Quel est le but de l’étude collective sur le CCD lancée par l’EFSA ?
Le projet poursuit trois objectifs majeurs : d’abord, décrire et analyser de façon critique les programmes de surveillance existants ; ensuite, compiler des données provenant de programmes de surveillance existants sur l’effondrement des colonies ainsi que l’affaiblissement et la mortalité des abeilles; enfin, réaliser un examen critique de la littérature scientifique existante consacrée aux causes possibles de l’effondrement des colonies. A l’issue de ce projet qui se poursuivra durant 9 mois, un rapport final sera rédigé et facilitera les travaux de recherche ultérieurs à l’échelle de l’UE ainsi que les programmes de surveillance relatifs au phénomène du CCD.

Comment fonctionne la procédure « article 36 » ?
Conformément à l’article 36 du règlement fondateur de l’EFSA , les États membres de l’UE ont fourni une liste d’organisations nationales compétentes qui sont en mesure d’assister l’EFSA dans différents domaines de son travail. Les organisations partenaires figurant sur cette liste peuvent bénéficier de subventions pour travailler sur des projets spécifiques, soit individuellement, soit dans le cadre d’un groupe. Dans ce cas particulier, l’EFSA a accordé une subvention à un consortium international d’instituts de recherche ; néanmoins, un certain nombre d’autres parties intéressées qui ne font pas formellement partie du groupe, prendront également part au projet.

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[1] Le consortium est dirigé par l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) en partenariat avec le CSL (Central Science Laboratory) britannique et l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) français. Cinq autres instituts nationaux sont amenés à collaborer au projet: la Sveriges Lantbruksuniversitet (Suède), l’Istituto Zooprofilattico Sperimentale delle Venezie (Italie), le Swiss Bee Research Institute (Suisse), le Kmetijski Institut Slovenije (Slovénie) et le Chemischese und Veterinaruntersuchungsamt Freiburg (Allemagne). Les experts de ces instituts nationaux sont membres du réseau COLOSS, projet européen dont l’objectif est d’expliquer et d'enrayer le phénomène d'effondrement à grande échelle des colonies d’abeilles.
[2] En 2006, le terme CCD a été utilisé pour la première fois afin de désigner le phénomène des pertes importantes d'abeilles enregistrées dans les ruches, qui se traduit par la perte rapide par une colonie de sa population d’abeilles adultes.