Entretien avec le Dr. Bruce Cottrill, membre du groupe scientifique CONTAM

Les mycotoxines sont des composés toxiques produits par divers types de champignons appartenant principalement aux genres  Aspergillus, Penicillium et Fusarium. Généralement, celles-ci pénètrent dans la chaîne alimentaire par l’intermédiaire de cultures alimentaires destinées à l'alimentation humaine et animale contaminées, principalement des céréales. Le Dr. Bruce Cottrill est un expert en nutrition animale et membre du groupe scientifique de l’EFSA sur les contaminants de la chaîne alimentaire (groupe CONTAM). En tant que membre de longue date des groupes de travail sur les mycotoxines institués au sein du groupe scientifique, le Dr. Cottrill a participé étroitement, ces dernières années, à l’élaboration des évaluations des risques réalisées par l’EFSA sur les mycotoxines. Depuis 2004, le groupe scientifique a produit 20 avis scientifiques, principalement sur diverses toxines Fusarium, et il élabore actuellement quatre autres avis, dont un sur les métabolites et les formes masquées de certaines toxines Fusarium, ce qui représente une première pour l'EFSA.

Bruce Cottrill
Membre du groupe scientifique CONTAM

Globalement, qu’est-ce que le groupe scientifique a appris de ses travaux sur les mycotoxines?

B.C. : Les concentrations de mycotoxines les plus élevées ont été observées dans les graines de céréales et les produits céréaliers qui, de ce fait, constituent les sources les plus importantes à l'exposition humaine et animale. Si l’on se fonde sur les données disponibles concernant leur présence et sur la base de données sur la consommation alimentaire européenne, l’estimation de l’exposition alimentaire chronique et/ou aiguë aux différentes mycotoxines est généralement inférieure aux valeurs recommandées pour la plupart des groupes de population. Bien que la présence de ces toxines dans l'alimentation humaine et animale soit connue depuis de nombreuses années, les études toxicologiques actuellement disponibles sont toujours limitées et il subsiste d'importantes lacunes dans nos connaissances concernant leur génotoxicité ou leur carcinogénicité qu'il est nécessaire de combler.

Quel est l’impact de ces travaux ?

B.C. :Ces avis scientifiques ont été élaborés à la demande des gestionnaires des risques de la Commission européenne. Ces derniers ont pu les utiliser pour établir les teneurs maximales dans l'alimentation humaine et animale, minimisant ainsi le risque d'effets indésirables chez l'homme et les animaux d'élevage. Les avis sont également à disposition de l'ensemble de la communauté scientifique, sous la forme d'examens complets de l'état actuel des connaissances relatives à la présence et à la toxicité des mycotoxines, et servent donc de base permettant d’identifier les priorités en matière de futures recherches.

À quelles difficultés spécifiques le groupe scientifique s’est-il trouvé confronté dans ses travaux sur les mycotoxines?

B.C. : Pour la plupart de ces toxines, l'absence de données de toxicité in vivo a compliqué la réalisation d’une évaluation complète des risques. Par ailleurs, la plupart de ces avis portaient sur des toxines individuelles, alors qu'il semble peu probable qu'elles agissent de façon isolée. Les données décrivant les effets indésirables éventuels d'une exposition combinée à d'autres mycotoxines sont peu nombreuses et se sont avérées insuffisantes pour établir la nature d’effets combinés potentiels. Parallèlement, les données concernant la présence des mycotoxines s'est avérée limitée et il a par conséquent été difficile de fournir des estimations fiables de l'exposition des humains ou des animaux d'élevage. Pour d'autres mycotoxines, telles que le nivalénol et les toxines émergentes enniatine et beauvericine, le manque de méthodes d'analyse validées et l'absence de matériaux de référence certifiés signifient qu'il n'a pas été possible de fournir des estimations fiables de l'exposition.

Comment le groupe scientifique a-t-il surmonté ces difficultés?

«Ma participation … m'a fait mieux comprendre l'importance d’une communication et d’une collaboration interdisciplinaires… il est nécessaire de replacer notre vision dans un contexte plus large.»

B.C. : Il existe peu de mesures directes que le groupe scientifique puisse prendre pour surmonter ces déficiences, mais chaque avis scientifique contient des recommandations, adressées aux gestionnaires des risques et à l'ensemble de la communauté scientifique, sur des recherches ultérieures destinées à améliorer l'évaluation des risques.

Cela pourra-t-il servir de base à de futurs travaux scientifiques sur les mycotoxines?

B.C. : Pour l'ensemble de la communauté scientifique, ces avis fournissent des indicateurs concernant les activités de recherche potentiellement utiles tandis que, pour les autorités nationales, ils ont montré en quoi des améliorations apportées en matière de surveillance d’aliments particuliers destinés à l'alimentation humaine ou animale permettraient de renforcer l'évaluation des risques. De plus, l'EFSA octroie des subventions à des projets de recherche pour combler les lacunes identifiées en matière de données, et plusieurs organisations d'États membres de l'UE ont généré de nouvelles données dans le cadre de ces projets de l'EFSA.

Quelle a été votre contribution personnelle à ces avis?

B.C. : Les champignons responsables de la production de mycotoxines sont le plus souvent présents sur les céréales, qui sont des ingrédients importants de l'alimentation des animaux d'élevage et des animaux de compagnie (par exemple, les chevaux, les animaux familiers). Les toxines Aspergillus, Penicillium et Fusarium ont été impliquées dans un certain nombre de maladies animales. Par conséquent, les aliments contaminés présentent un risque direct pour la santé de ces animaux. Par ailleurs, étant donné qu'elles peuvent être transférées aux produits animaux (lait, viande et œufs) après ingestion, elles représentent également un risque potentiel indirect pour la santé humaine. En tant que nutritionniste animalier portant un intérêt aux systèmes d'élevage de l'UE, j'ai apporté au groupe scientifique des conseils sur les taux de mycotoxines dans l'alimentation animale, et en particulier dans les graines de céréales, les sous-produits céréaliers et les cultures de céréales fourragères, que différents animaux d'élevage sont susceptibles de consommer. D'après les données sur leur occurrence, j'ai estimé les taux d'exposition probables aux différentes mycotoxines. Ces données ont ensuite été comparées aux estimations connues des taux auxquels aucun effet indésirable n'a été observé, de façon à dériver les risques possibles pour les animaux d'élevage. Après avoir établi les taux d'exposition, nous avons utilisé les estimations publiées concernant le passage des mycotoxines depuis les aliments destinés à l'alimentation animale aux aliments d'origine animale destinés à l'alimentation humaine, afin d’identifier les risques potentiels pour les humains consommant des produits issus d’animaux d’élevage.

De quelle façon votre participation a-t-elle influencé votre approche en ce qui concerne vos propres travaux de recherche?

B.C. :Ma participation aux travaux du groupe scientifique et des groupes de travail m'a fait mieux comprendre l'importance que présentent une communication et une collaboration interdisciplinaires dans le domaine de l'évaluation des risques. Bien qu'il soit souvent facile se focaliser sur les détails, il est nécessaire de replacer notre vision dans un contexte plus large.