La réévaluation des additifs alimentaires en Europe

Dossier
30 janvier 2012

L’EFSA réévaluera tous les additifs alimentaires d’ici 2020. Pourquoi les consommateurs peuvent-ils être confiants ?

Au cours des dernières décennies, l’Union européenne (UE) a mis en place un système de sécurité des aliments solide, qui contribue à assurer la protection des consommateurs contre les risques éventuels associés à l’alimentation. Malgré cela, les consommateurs européens expriment des préoccupations concernant la sécurité de leur alimentation ; celles-ci concernent notamment les effets indésirables éventuels d’additifs alimentaires tels que les colorants, les conservateurs ou les arômes. En 2010, selon une enquête, la présence de ces substances dans les aliments constituait un problème pour 66 % des Européens (25 % se déclarant « très inquiets » et 41 % « assez inquiets »), soit une augmentation de cinq points par rapport à 2005. (enquête Eurobaromètre, n° 354, 2010). 

L’EFSA et/ou son prédécesseur, le comité scientifique de l’alimentation humaine (CSAH) ont évalué la sécurité de la totalité des additifs alimentaires actuellement utilisés dans l’UE. Ces additifs ne peuvent être inclus dans la liste officielle de l’UE des additifs alimentaires approuvés que s’ils sont considérés comme sans risque pour la santé humaine. De plus, chaque fois que nécessaire, les évaluations de sécurité précédentes ont été réexaminées et mises à jour afin de tenir compte des nouvelles informations scientifiques disponibles indiquant un risque sanitaire éventuel. Afin d’accélérer ce processus, la Commission européenne a demandé en 2010 à l’EFSA de réévaluer d’ici 2020 la sécurité de tous les additifs alimentaires précédemment autorisés, en tenant compte des informations scientifiques les plus récentes. Sur la base des avis scientifiques de l’EFSA, la Commission européenne et les États membres peuvent décider conjointement de modifier les utilisations d’additifs ou, si nécessaire, de les retirer de la liste de l’UE des additifs alimentaires autorisés afin de protéger les consommateurs.

Il existe pratiquement 400 numéros « E » répertoriés avec de nombreuses utilisations approuvées pour un grand nombre d’entre eux. Comment l’EFSA relève-t-elle ce défi majeur ?

Il existe des centaines d’additifs alimentaires et des milliers de façons de les utiliser pour produire des aliments et des boissons. Pour appuyer les travaux de l’EFSA, la législation de l’UE définit un calendrier pour réévaluer ces additifs ainsi que des critères permettant d’établir des priorités (par exemple, la date de la dernière évaluation de l’additif alimentaire, l’existence ou non de nouvelles données scientifiques disponibles ou la mise en évidence d’un problème émergent). Le calendrier est organisé dans une large mesure par type d’additif alimentaire. L’UE a défini 26 classes appelées « classes fonctionnelles » d’additifs alimentaires, qui comprennent des colorants, des édulcorants, des conservateurs, des émulsifiants, des antioxydants, des agents de glaçage et autres. Les colorants alimentaires sont réévalués en premier car ils font partie des premiers additifs dont l’utilisation a été autorisée dans l’UE. Par contre, de nombreux édulcorants ont été approuvés plus récemment et il est prévu de les réexaminer après 2015. L’EFSA peut également modifier la priorité d’un additif alimentaire à la lumière de nouvelles informations. Par exemple, l’échéance pour l’édulcorant artificiel aspartame a été avancée de 2020 à 2013 en raison de réserves exprimées au sein d’études récentes. 

La capacité de l’EFSA à réévaluer la sécurité d’un additif alimentaire dépend dans une large mesure de la disponibilité des données scientifiques. Pour chaque nouvel additif alimentaire, le demandeur d’autorisation doit présenter un dossier technique détaillé en vue de l’évaluation scientifique. Ce n’est pas le cas pour la réévaluation d’additifs alimentaires existants et, par conséquent, les données doivent être obtenues au moyen d’un appel public destiné à recueillir des données. Grâce à ces appels de données, l’EFSA cherche à recueillir des données nouvelles et émergentes mais aussi les études scientifiques originales présentées dans le cadre de l’autorisation antérieure délivrée par l’UE.

L’EFSA a déjà émis plus de dix appels de données pour obtenir des données relatives à des groupes ou à des classes complets d’additifs alimentaires et/ou des appels spécifiques à un seul ou à un faible nombre d’additifs alimentaires associés. Grâce à une planification minutieuse, l’EFSA sélectionne et organise les données scientifiques pertinentes avant leur examen par ses experts. Les données transmises par des scientifiques, des centres de recherche, des autorités nationales compétentes et d’autres parties intéressées contribuent à garantir que l’EFSA effectue la meilleure évaluation possible en utilisant les données scientifiques les plus fiables actuellement disponibles.

L’EFSA reçoit-elle suffisamment de données ? Les réévaluations ont-elles un impact ?

En 2012, l’EFSA aura terminé la réévaluation de la plupart des colorants alimentaires et en 2011, elle a adopté sa première réévaluation d’un colorant non alimentaire: un antioxydant appelé hydroxyanisole butylé ou BHA (E 320). L’Autorité a progressé dans la collecte des données relatives aux autres colorants ainsi que pour de nombreux conservateurs, antioxydants, cires, émulsifiants et agents gélifiants. Cependant, l’EFSA se voit parfois contrainte d’émettre de nouveaux appels publics parce que les données disponibles sont insuffisantes.

Parmi les additifs alimentaires qu’elle a réévalués, l’EFSA a recommandé la réduction de la dose journalière acceptable (DJA) de trois colorants alimentaires (E 104, E 110, E 124) car elle a considéré, compte tenu de nouvelles données disponibles, que l’exposition humaine à ces colorants était susceptible d’être supérieure à celle initialement estimée. Par conséquent, en mars 2012, la Commission européenne a diminué les taux maximum autorisés de ces colorants dans les aliments.

Un autre impact significatif de ces travaux a été le retrait du marché du colorant Rouge 2G ou E 128, en 2007. De nouvelles données scientifiques rendues disponibles indiquaient que l’utilisation de cet additif alimentaire pouvait poser un problème de sécurité : en plus d’être carcinogène, le Rouge 2G pourrait également endommager le matériel génétique des cellules humaines. Les décideurs de l’UE ont convenu avec les experts de l’EFSA que cet additif alimentaire ne pouvait être considéré comme sûr pour la santé humaine et son utilisation a par conséquent été suspendue dans l’UE.