Avis du groupe scientifique sur les contaminants de la chaîne alimentaire [CONTAM] concernant l'aggravation eventuelle des risques pour la sante du consommateur par une eventuelle augmentation des concentrations maximales existantes pour les aflatoxines dans le amands, le noisettes et le pistaches et leurs produits derives

doi:10.2903/j.efsa.2007.446
  EFSA Panel on Contaminants in the Food Chain Panel Members Jan Alexander, Guðjón Atli Auðunsson, Diane Benford, Andrew Cockburn, Jean-Pierre Cravedi, Eugenia Dogliotti, Alessandro di Domenico, María Luisa Fernández-Cruz, Johanna Fink-Gremmels, Peter Fürst, Corrado Galli, Philippe Grandjean, Jadwiga Gzyl, Gerhard Heinemeyer, Niklas Johansson, Antonio Mutti, Josef Schlatter, Rolaf van Leeuwen, Carlos van Peteghem, Philippe Verger. Acknowledgment The Scientific Panel on Contaminants in the Food Chain wishes to thank the working group members Diane Benford, Eugenia Dogliotti, Peter Fürst, Jean-Charles Leblanc, Oliver Lindtner, Antonio Mutti, Josef Schlatter, John Christian Larsen, and Chris Wild.
Type: Opinion of the Scientific Committee/Scientific Panel Question number: EFSA-Q-2006-174 Adopted: 25 January 2007 Published: 01 March 2007 Last updated: 01 March 2007. This version replaces the previous one/s.
Abstract

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Summary
Resumé
 
Les aflatoxines sont produites par des moisissures qui se trouvent plus particulièrement dans les régions à climat chaud et humide. Elles ont tendance à contaminer plus particulièrement les noix, les arachides, les figues et les autres fruits secs, les épices, les huiles végétales brutes, les fèves de cacao et le maïs. Dans la mesure où les aflatoxines sont considérées comme génotoxiques et cancérigènes, il n’est pas possible de déterminer une consommation sans risque, et l’Union européenne (UE) a édicté des réglementations pour ces toxines en 1998, indiquant des niveaux considérés comme étant aussi bas qu’il est raisonnablement possible. De récentes discussions dans le Codex Alimentarius ont proposé que soit présenté à tous les États membres de l’Organisation mondiale de la santé un niveau maximum pour les aflatoxines totales dans les amandes, les noisettes et les pistaches non traitées, supérieur à celui actuellement en vigueur dans l’UE. Par conséquent, le groupe scientifique sur les contaminants de la chaîne alimentaire (“groupe CONTAM”) a été chargé d’émettre un avis sur l’aggravation éventuelle des risques pour la santé du consommateur associée à la proposition d’augmenter la concentration maximale existant actuellement dans l’UE de 4 µg/kg d’aflatoxines totales (somme des aflatoxines B1, B2, G1 et G2) dans les amandes, les noisettes et les pistaches à 8 ou 10 µg/kg, en prenant en compte les schémas de consommation de ces fruits à coque dans l’Union européenne, et la consommation d’aflatoxines provenant d’autres aliments.
 
Environ 40 000 données sur la présence d’aflatoxines dans différentes matières premières alimentaires ont été prises en considération par le groupe CONTAM. Les aflatoxines n’ont pas été détectées dans environ 75 % des échantillons testés, c’est-à-dire que, si elles étaient présentes, leur concentration était inférieure à la limite de détection des méthodes utilisées, qui varie en fonction des ensembles de données. Pour les échantillons dans lesquels les aflatoxines ont été détectables, l’aflatoxine B1 a représenté le constituant majeur des aflatoxines totales. Comme estimation prudente pour cette évaluation, le groupe CONTAM a supposé que les aflatoxines totales pourraient atteindre au maximum deux fois la concentration d’aflatoxine B1. Le groupe CONTAM a également reçu des données concernant les concentrations d’aflatoxine M1 (le principal métabolite de l’aflatoxine B1) dans des échantillons de laits commerciaux. Pour la quasi-totalité de ces données, les valeurs de la concentration d’aflatoxine M1 ont été inférieures à 0,05 µg/kg et, considérant le pouvoir cancérigène inférieur de l’aflatoxine M1, le groupe CONTAM n’a plus retenu ces données dans ses investigations ultérieures.
 
Afin d’évaluer l’impact d’un éventuel changement des concentrations maximales pour les amandes, les noisettes et les pistaches, le groupe CONTAM a estimé l’exposition alimentaire en excluant les données concernant la présence d’aflatoxines respectivement supérieures à 4, 8 et 10 µg/kg. Ces calculs ont indiqué que l’augmentation des concentrations maximales des aflatoxines totales de 4 à 8 ou 10 µg/kg pouvait entraîner de légères augmentations absolues des aflatoxines totales dans les amandes, les noisettes et les pistaches, mais que les concentrations moyennes resteraient inférieures à 1 µg/kg selon les résultats de tests soumis.
 
L’évaluation de l’impact de ces augmentations potentielles de la présence d’aflatoxines nécessite de prendre en considération à la fois la consommation de ces trois types de fruits à coque, mais également les consommations provenant d’autres sources alimentaires. Des données fiables sur les autres sources d’exposition alimentaire, représentatives de tous les États membres, n’ont pas été mises à la disposition du groupe CONTAM. L’évaluation des quelques données disponibles sur les expositions alimentaires nationales a indiqué qu’une approximation raisonnable des consommations européennes pouvait être obtenue à partir de la base de données GEMS/Food Consumption Cluster Diets. Le groupe CONTAM a donc utilisé ces données pour l’estimation de l’exposition alimentaire aux aflatoxines provenant d’aliments autres que les amandes, les noisettes et les pistaches. La contribution de ces fruits à coque n’a représenté qu’un faible pourcentage de l’exposition alimentaire totale aux aflatoxines.
 
Les estimations ont indiqué que l’augmentation des concentrations maximales pour les aflatoxines totales dans les amandes, les noisettes et les pistaches de 4 à 8 ou 10 µg/kg entraînerait une élévation de l’exposition alimentaire totale moyenne aux aflatoxines d’environ 1 %.
 
Seuls quelques États membres ont mis à disposition des données sur la consommation d’amandes, de noisettes et de pistaches, et toutes étaient sujettes à des limitations. Le groupe CONTAM a par conséquent évalué l’éventail des données d’exposition éventuelle pour de forts consommateurs en considérant l’État membre présentant la consommation la plus faible et celui montrant la consommation la plus élevée de chaque type de fruits à coque. Ces estimations ont indiqué qu’une augmentation des concentrations maximales pour les aflatoxines totales de 4 à 8 ou 10 µg/kg pourrait augmenter l’exposition alimentaire totale aux aflatoxines d’un pourcentage maximal de 20 % chez les consommateurs présentant le niveau de consommation le plus élevé. Si, comme cela est prévisible, des fruits à coque dépassant les concentrations maximales sont occasionnellement consommés, les expositions alimentaires moyennes totales à long terme pourraient être supérieures, mais l’impact relatif de l’augmentation de la concentration maximale de 4 à 8 ou 10 µg/kg dans ces trois fruits à coque serait inférieur.
 
Les expositions alimentaires estimées chez l’enfant ont été incluses dans l’intervalle des estimations effectuées dans les populations adultes, mais ont toutefois été dues en grande partie à l’exposition à des aliments autres que les fruits à coque, pour lesquels il n’existait pas de données spécifiques à l’alimentation des enfants.
 
Les quelques données disponibles provenant de contrôles de préexportation sur les noisettes et les pistaches ont indiqué que l’augmentation de la concentration maximale pour les aflatoxines totales de 4 à 8 ou 10 µg/kg permettrait l’introduction d’un maximum de 6 % de lots supplémentaires de noisettes sur le marché européen. Aucune donnée de préexportation n’était disponible pour les amandes.
 
Un certain nombre d’études épidémiologiques ont montré des associations nettes entre l’exposition aux aflatoxines et l’incidence d’hépatomes dans les régions montrant une prévalence élevée d’hépatite B chronique, qui constitue par elle-même un facteur de risque de cancer du foie. Le groupe CONTAM a noté de grandes incertitudes concernant les estimations du risque de cancer, en particulier en ce qui concerne la pertinence des données obtenues avec la souche la plus sensible de rongeurs et dans les données chez l’homme, à cause de la prédominance d’une étude unique effectuée dans une population présentant une prévalence élevée d’hépatite B chronique et des estimations d’exposition très élevées aux aflatoxines. Cette étude a montré un risque de cancer du foie très supérieur à celui observé dans les autres populations étudiées. Le groupe CONTAM ne peut négliger aucune de ces données, et a par conséquent comparé les expositions alimentaires estimées en se fondant sur toutes ces évaluations.
 
Les évaluations des risques de cancer basées sur les estimations de pouvoir cancérigène provenant du Comité mixte FAO/OMS d’experts sur les additifs alimentaires (Joint FAO/WHO Expert Committee on Food Additives, JECFA) et appliquées aux expositions alimentaires estimées (moyenne et élevée) aux aflatoxines ont été inférieures d’au moins deux ordres de grandeur aux incidences d’hépatomes rapportées en Europe, ce qui suggère que les aflatoxines ne sont vraisemblablement pas un facteur de risque majeur d’hépatome dans l’UE.
 
Les marges d’exposition calculées du groupe CONTAM pour toutes les consommations estimées, comparées à la limite inférieure de l’intervalle de confiance à 95 % de la dose de référence pour une augmentation de 10 % de l’incidence de cancer (BMDL10) sur la base des données obtenues chez l’animal, ont indiqué l’existence d’un problème éventuel pour la santé humaine. Les valeurs de BMDL10 et de BMDL1[1] obtenues à partir de populations humaines incluant les sous-groupes les plus sensibles présentant une prévalence élevée d’infection chronique par le virus de l’hépatite B, ont indiqué une sensibilité similaire de cette population à celle de la souche la plus sensible de rat, mais que d’autres sous-groupes présentent vraisemblablement une sensibilité inférieure aux effets des aflatoxines.
 
Le groupe CONTAM a conclu que le changement des concentrations maximales pour les aflatoxines totales de 4 à 8 ou 10 µg/kg dans les amandes, les noisettes et les pistaches n’aurait que des effets mineurs sur les estimations d’exposition alimentaire, les risques de cancer et les marges d’exposition calculées.
 
Le groupe CONTAM a conclu que l’exposition aux aflatoxines provenant de l’ensemble des sources devrait être aussi faible qu’il est raisonnablement possible, dans la mesure où les aflatoxines sont génotoxiques et cancérigènes. Les données indiquent que la réduction de l’exposition alimentaire totale aux aflatoxines pourrait être obtenue en réduisant le nombre d’aliments hautement contaminés introduits sur le marché, et en réduisant l’exposition provenant de sources alimentaires autres que les amandes, les noisettes et les pistaches.
Keywords

Aflatoxins, aflatoxin B1, almonds, hazelnuts, pistachios, exposure assessment, hepatocellular carcinoma, liver cancer, risk assessment, margin of exposure (MOE).