Avis du groupe scientifique sur les additifs alimentaires, les arômes, les auxiliaires technologiqueset les matériaux en contact avec les aliments [AFC] relative à une nouvelle étude de cancérogénicité à long terme sur l'aspartame

doi:10.2903/j.efsa.2006.356
  EFSA Panel on Food Additives, Flavourings, Processing Aids and Materials in Contact with Foods (AFC) Panel Members R. Anton, S. Barlow, D. Boskou, L. Castle, R. Crebelli, W. Dekant, K.-H. Engel, S. Forsythe, W. Grunow, M. Heinonen, J.-C. Larsen, C. Leclercq, W. Mennes, M.-R. Milana, I. Pratt, I. Rietjens, K. Svensson, P. Tobback, F. Toldrá. Acknowledgment The Scientific Panel on Food Additives, Flavourings, Processing Aids and Materials in Contact with Foods wishes to thank V. Feron, H. Greim, L. Hothorn, D. Mayer, A. Mortensen, J.-M. Poul and P. Wester, for their contribution to the draft opinion.
Type: Opinion of the Scientific Committee/Scientific Panel Question number: EFSA-Q-2005-122 Adopted: 03 May 2006 Published: 04 May 2006 Last updated: 05 May 2006. This version replaces the previous one/s.
Abstract

No abstract available

Summary

Résumé

 

L'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a été mandatée par la Commission européenne pour évaluer l'étude de cancérogénicité effectuée par la Fondation européenne d'oncologie et de sciences environnementales Ramazzini (European Ramazzini Foundation of Oncology and Environmental Sciences, ERF) sur l'aspartame, un édulcorant artificiel, dont il a été fait état dans des publications de 2005 et de 2006. L’ERF a considéré que les résultats de leur étude indiquaient que l'aspartame était un « agent cancérigène pluripotent », en se fondant sur les augmentations du nombre d'animaux porteurs de tumeurs malignes, de lymphomes/de leucémies (principalement chez les rats femelles), de carcinomes de type transitionnel du bassinet rénal et de l'uretère, également chez les rats femelles, et de schwannomes malins des nerfs périphériques. L'EFSA a demandé à son groupe scientifique sur les additifs alimentaires, les arômes, les auxiliaires technologiques et les matériaux en contact avec les aliments (AFC) d'examiner cette étude de façon hautement prioritaire.

 

L'aspartame est utilisé comme édulcorant dans les aliments et comme édulcorant de table depuis plus de 20 ans dans de nombreux pays à travers le monde. En Europe, il a été autorisé pour la première fois par plusieurs États membres au cours des années 1980, et son utilisation a été approuvée dans toute l'Union européenne en 1994, après des évaluations de sécurité alimentaire complètes effectuées par le Comité scientifique de l'alimentation humaine (Scientific Committee on Food, SCF) de la Commission européenne (CE).

 

L'aspartame a été soumis à des tests approfondis chez l'animal et à des études chez l'homme, notamment quatre études de cancérogénicité chez l'animal réalisées entre les années 1970 et le début des années 1980. Ces études, parallèlement à des études de génotoxicité, ont été évaluées par des organismes réglementaires à travers le monde, et il a été conclu qu'elles ne mettaient pas en évidence de potentiel génotoxique ou cancérigène pour l'aspartame. Cependant, depuis cette autorisation, la sécurité d'emploi de l'aspartame a été régulièrement remise en question, par des discussions concernant non seulement la sécurité de l'aspartame lui-même, mais également la sécurité de ses produits de dégradation, l'acide aspartique, la phénylalanine et le méthanol. Toutes ces substances sont présentes naturellement dans l'organisme. En réponse à ces questions, le SCF a entrepris un examen complémentaire de toutes les données sur l'aspartame en 2002, et a conclu qu'il n'était pas nécessaire de réviser les résultats de sa précédente évaluation des risques ou la dose journalière acceptable (DJA) établie pour l'aspartame de 40 mg/kg de poids corporel.

 

Le groupe scientifique AFC a évalué la nouvelle étude de cancérogénicité, en utilisant non seulement les publications de l’ERF, mais également un rapport plus développé fourni à l'EFSA par l’ERF à la fin de 2005, et des données complémentaires provenant de la même étude fournies par l’ERF en avril 2006. Le groupe a noté que cette étude menée sur toute la vie entière de l’animal, qui a porté sur davantage de groupes exposé à différentes doses et un nombre plus important d'animaux par groupe que les études de cancérogénicité conventionnelles, a constitué un effort non négligeable et avait la capacité à détecter avec une plus grande sensibilité des effets avec des niveaux d’incidence plus faibles . Après son évaluation, le groupe scientifique considère que l'étude présente des imperfections qui remettent en question la validité de ses résultats, tels qu'ils ont été interprétés par l’ERF. En particulier, la forte incidence généralisée des altérations inflammatoires chroniques des poumons et d'autres organes et tissus vitaux, et l'incertitude concernant l'exactitude des diagnostics de certains types de tumeurs ont été des facteurs de confusion majeurs dans l'interprétation des résultats de l'étude.

 

Les conclusions du groupe scientifique sur les résultats de l'étude de l’ERF ont été les suivantes :

 

  • L'augmentation de l'incidence des lymphomes/leucémies observée chez les rats traités n'a pas été liée à l'aspartame, compte tenu de l'incidence générale élevée d'altérations inflammatoires chroniques des poumons et l'absence de relation positive dose-effet. Il a été bien établi que ce type de tumeurs pouvait se développer à la suite d'une importante hyperplasie lymphoïde dans les poumons de rats souffrant d'une affection respiratoire chronique. L'explication la plus plausible des résultats de cette étude concernant les lymphomes/leucémies est que ces tumeurs se sont développées dans une colonie de rats souffrant de maladies respiratoires chroniques. La légère augmentation de l'incidence de ces tumeurs chez les rats nourris avec de l'aspartame est considérée comme un artefact de l'étude de l’ERF et peut par conséquent être écartée.
  • Les lésions prénéoplasiques et néoplasiques du bassinet rénal, de l'uretère et de la vessie survenant principalement chez les rats femelles parallèlement à une calcification rénale ont été plus vraisemblablement liées au traitement, au moins aux doses élevées. Il est largement admis qu'il s'agit d'un effet survenant à des doses élevées de substances chimiques irritantes ou de substances chimiques produisant une calcification du bassinet rénal consécutif à un déséquilibre du métabolisme calcique, spécifique au rat. Le groupe scientifique considère que ces effets n'ont aucune pertinence chez l'homme.
  • Les données sur l'ensemble des tumeurs malignes ne fournissent pas de preuves de l'existence d'un pouvoir cancérigène de l'aspartame. Selon l'avis du groupe scientifique, l'agrégation de toutes les incidences des tumeurs malignes ou de tous les animaux porteurs de tumeurs malignes pour des analyses statistiques n'est pas justifiée, dans la mesure où, comme cela a été expliqué précédemment, les lymphomes/leucémies et les tumeurs rénales auraient du être exclues de l'analyse.
  • En ce qui concerne les schwannomes malins, le groupe scientifique note que ces tumeurs sont peu nombreuses, que la relation dose-effet, bien qu'elle montre une tendance statistique positive chez les mâles, a été très faible sur un large intervalle de dose, et qu'il existe également une incertitude sur le diagnostic de ces tumeurs. Le groupe scientifique conclut que ce résultat ne peut être complètement évalué qu'après un examen histopathologique par des pairs de toutes les coupes correspondantes concernant le système nerveux de l'étude de l’ERF, ainsi que, le cas échéant, à partir des contrôles historiques.

 

Le groupe scientifique prend note des précédentes évaluations de l'aspartame réalisées par le SCF et par les autres organismes d’experts, des résultats négatifs de récentes études de cancérogénicité effectuées par le Programme de toxicologie national des États-Unis (US National Toxicology Programm) sur l'aspartame chez des souris transgéniques. Le groupe scientifique a également été informé d'une récente étude épidémiologique effectuée par l'Institut national du cancer des Etats-Unis (US National Cancer Institute) dans laquelle aucune augmentation des cancers du cerveau ou du sang n'a été rapportée être associée à la consommation d'aspartame. Le groupe scientifique prend également note des études approfondies faites sur la substance indiquant que l'aspartame n'a pas d’activitégénotoxique.

 

Les données pharmacocinétiques chez l'homme indiquent que des doses avoisinant la dose journalière acceptable (DJA) (40 mg/kg de poids corporel et par jour), même administrée en dose bolus, n’entraînent pas d’exposition systémique à l'aspartame. En outre, l'exposition à l’un de ses produits de dégradation, y compris le méthanol ou le formol, est négligeable.

 

Le groupe scientifique considère qu'aucune donnée significative nouvelle n'a été fournie depuis 2002 sur les aspects autres que la cancérogénicité, et qu’en conséquence il n’y à aucune raison pour réviser le précédent avis du SCF sur l'aspartame.

 

Le groupe scientifique note que l'exposition alimentaire de la population à des édulcorants à fort pouvoir sucrant a été évaluée dans un certain nombre de pays européens. Dans toutes ces études, l'exposition alimentaire à l'aspartame a été très inférieure à la DJA de 40 mg/kg de poids corporel (jusqu'à 10 mg/kg de poids corporel), même chez les forts consommateurs.

 

En résumé, sur la base de toutes les preuves actuellement disponibles à partir de l'étude de l’ERF, des autres études récentes et des précédentes évaluations, le groupe scientifique conclut qu'il n’y à aucune raison pour réviser la DJA précédemment établie pour l'aspartame de 40 mg/kg de poids corporel.

Keywords

Aspartame, L-aspartyl-L-phenylalanine methyl ester, artificial sweetener, lifetime study, CAS No. 22839-47-0, E 951, intense sweetener